Entre tragédie et paix

mai 8th, 2017 § Commentaires fermés sur Entre tragédie et paix § permalink

Pour la clôture de l’anniversaire des dix ans, l’association Arts et cloître a invité Denis Coutagne, à venir parler de l’oeuvre abstraite de Kim-en-Joong, artiste et dominicain, d’origine coréenne auquel il a consacré un ouvrage essentiel.

Oeuvre de Kim-En-Joong à Auvers ©Denis Coutagne

Kim-En-Joong est connu en Alsace pour son vitrail à la collégiale de Thann. Mais son oeuvre prolifique (vitrail, céramique, peinture) méritait une étude approfondie. C’est chose faîte avec le livre de Denis Coutagne paru en 2015. L’oeuvre abstraite de Kim en Joong est complexe à comprendre dans son ensemble comme l’indique Denis Coutagne. Il faut d’abord tenir compte de son parcours de vie et de sa personnalité.

Né en Corée du Sud en 1940 pendant l’occupation japonaise, Kim En Joong connaîtra la guerre des deux Corée, le communisme et les privations. Il est élevé au sein d’une fratrie de huit enfants dans la tradition taoïste.

« J’aime de plus en plus les oeuvres d’art qui me donnent le sens du silence »

En 1956, la rencontre décisive avec un professeur de calligraphie l’oriente vers les arts graphiques. Il entre à l’école des Beaux-Arts de Séoul et suit des cours de français à la mission étrangère. Très vite, il fait le choix d’étudier la peinture occidentale, et s’intéresse à l’impressionnisme, au cubisme et à l’art abstrait. Durant ces années, alors qu’il peint sans relâche pour subvenir à ses besoins, il devient professeur de dessin au séminaire catholique de Séoul. Il découvre la religion catholique, la liturgie, la paix et le silence de l’église paroissiale de Hai Wha. Kim En Joong demande et reçoit le baptême en 1967.

Puis Kim réalise son rêve : étudier en Suisse l’histoire de l’art, puis la théologie et la métaphysique. Sa rencontre avec les dominicains le conforte dans sa vocation et le 4 août 1970, Kim En Joong revêt pour la première fois l’habit blanc des Frères Prêcheurs. Son ordination sacerdotale aura lieu quatre ans après. Il sera assigné au couvent de l’Annonciation à Paris, qui deviendra son lieu de vie communautaire et d’artiste. Denis Coutagne, indique avec de très nombreuses oeuvres à l’appui les influences qui se sont exercées sur l’oeuvre du Père Kim : Monet, Pollock, Mondrian, Malévitch, Kandinsky, Delaunay, Sam Francis, Rothko, Matisse… et pour les vitraux : Chagall, Bissière, Manessier, Gerain, Soulages, Léger et le Père Couturier !

Pour beaucoup dont le cardinal Barbarin, Kim serait presque le fils spirituel du Père Patfoort. « Ai-je déjà vu une amitié aussi fervente que celle qui a lié le Père Kim à son vénérable aîné le père Patfoort ? L’artiste dont l’oeuvre est jaillissement de lumière et de couleur et l’éminent professeur de théologie cherchant la Vérité pour la contempler ? » Dans une lettre au Père Patfoort, théologien dominicain dont il a été très proche (il l’a accompagné jusqu’au bout), Kim en Joong écrit ceci : « j’aime de plus en plus les oeuvres d’art qui me donnent le sens du silence et une intensité sereine comme rosée. » Kim écrivait aussi ceci à propos du Père Patfoort : « les liens qui nous unissent sont sans aucun doute ceux de dominicain : une vie de contemplation qui n’a ni commencement ni fin. »

« La plus belle cathédrale du monde »

Denis Coutagne rencontre Kim en 2011 car le peintre veut découvrir Cézanne et notamment les carrières de Bibemus qui l’ont tant inspiré. Le conférencier souligne la grande proximité de l’oeuvre de Kim avec la nature comme Cézanne. « Il réalise de grands formats posés au sol. Il travaille comme un lutteur puis les passe au four. Les lignes sont faîtes très vite et les mouvements ascendants. Kim en Joong s’inscrit dans une tradition coréenne avec la calligraphie. » Mais cela ne l’empêche pas de puiser à la tradition de l’Annonciation qui fonde l’image de la peinture occidentale.

Le conférencier souligne la forte inspiration de Kim auprès de Fra Angelico, frère et peintre qui était déjà l’auteur de peinture abstraite dans la prédelle, ne pouvant autrement traduire ce mystère. Une découverte remarquable que Kim reprend en disant : « je vais peindre l’émotion dans l’âme de la Vierge. »

Il réalise aussi de très nombreux vitraux. « Mon ambition est d’exprimer toute la lumière que j’ai reçue de la cathédrale (de Chartres). Je signale qu’elle est pour moi la plus belle cathédrale du monde ; on s’y sent accueilli et je voudrais que mes vitraux soient le signe de cet accueil. » De cette lumière vient désormais la couleur qu’il introduit dans ses oeuvres. « Il donne une leçon de colorisme qui nécessite une grande dextérité. La peinture de Kim n’est pas de tout repos. Il a une créativité phénoménale, on ne s’y ennuie jamais. On y trouve des élans, des lignes noires, noueuses, tortueuses comme notre humanité mais elle ouvre à une lumière qui vient d’ailleurs et nous est donnée, » conclut Denis Coutagne. Une oeuvre singulière à comprendre du dedans grâce à un conférencier hors pair.

L.L.

* Conservateur honoraire du patrimoine et président de la Société Cézanne

Article paru dans les D.N.A. du 23/06/2017

 

Un grand moment de théâtre

avril 17th, 2017 § Commentaires fermés sur Un grand moment de théâtre § permalink

Dans le cadre des dix ans d’arts et cloître, une pièce de théâtre singulière Reste avec nous , inspirée d’une nouvelle d’Henri Guillemin de 1944 a été proposée au public de la chartreuse.

Christian Nardin a livré de cette pièce une interprétation magistrale dans une mise en scène à la fois épurée et sensible, avec l’aide du régisseur Stéphane Wollfer et de la maquilleuse Ambre Weber.

Henri Guillemin (1903-1992) agrégé et docteur ès lettres est plus connu pour ses travaux et conférences sur l’histoire ou sur certains écrivains que par cette nouvelle. Reste avec nous , rare à tout point de vue dans son parcours cible un essentiel. Réfugié à Neuchâtel en 1942 pour avoir été dénoncé comme gaulliste dans la presse collaborationniste, Henri Guillemin rédigea à Pâques 1944 cet étonnant récit où il prend le parti pris de ce qui est le plus éloigné des disciples du Christ pour finalement en rendre témoignage.

Christian Nardin, fondateur de la compagnie des Tréteaux de Port-Royal, dans le but de faire découvrir des textes forts parfois méconnus, l’a adapté à la scène. Il entre, immense, vêtu de sa houppelande brune sur un air musical et passe de l’obscurité à la lumière. Simple savetier, il se prénomme Elias Achim et a assisté aux événements de Jérusalem depuis l’épisode des marchands du Temple. Il se réfugie chez un ami pour échapper aux rafles qui ont suivi. La langue est très imagée et pleine de bons mots tirés du langage populaire. Elias ajoute : « on ne s’occupait guère de lui (le Nazaréen), ni Gesmas, ni moi, ni personne des camarades. Son machin, c’était pas pour nous. Un type à ce qu’on disait, qui remettait d’aplomb les bancroches, qui décongelait les chassieux, qui arrêtait le sang aux femmes qui en perdait trop. »

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois.

Il fait part de la rumeur en discutant avec ses proches. Gesmas (qui finira crucifié aux côtés du Christ) pense que le temps du libérateur attendu est arrivé (le Messie). Ce n’est pas le cas d’Elias qui s’interroge durant une grande partie de la pièce. De témoin sceptique, il va évoluer au fil des événements. Une simple chaise, un pupitre et quelques spots vont servir la mise en scène. Christian Nardin incarne divers personnages au fil de la pièce. Il suffit d’un coup de menton dans la lumière puis l’obscurité pour incarner le reniement de Pierre. Puis de se raidir au prétoire pour incarner Ponce Pilate persuadé que la foule demanderait de relâcher Jésus et non Barabas.

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois. La voix porte loin et donne vie à tous ces personnages. Les yeux écarquillés, il regarde droit devant ou sur le côté et s’adresse à son interlocuteur en alternant de fortes exclamations ou interrogations puis des phrases plus lentes comme une prise de recul, presque susurrées à lui-même. Une compréhension en deux temps. Le temps de la rumeur et le temps de l’intériorité. Une gestuelle simple accompagne l’ensemble. Elias découvre que cet homme, le Nazaréen est livré à une parodie de justice, suscitée par la haine collective.

De fortes convictions

La langue de Guillemin prend soin de restituer des images fortes (comme le chemin de croix et la crucifixion) tout en étant poétiques malgré tout. Le rythme et le suspense impulsés avec l’arrêt possible de la pièce lors de la mort des trois hommes tiennent le spectateur en haleine. Et là tout change et bascule. En effet, Elias confie son expérience intime de la rencontre du Christ à Emmaus, à l’auberge du poisson.

« Là aussi, il m’a regardé une seconde, deux secondes dans les yeux. Oui c’est bien moi, il m’a regardé. » Cette pièce révèle les fortes convictions de Guillemin, chrétien convaincu en utilisant un langage simple et plein de fraîcheur. Une représentation extraordinaire qui a comblé tous les spectateurs. Un final dans le recueillement grâce à l’obscurité et à la musique. Un moment inoubliable qui restera gravé dans les mémoires.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 13/05/2017

L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur

mars 25th, 2017 § Commentaires fermés sur L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur § permalink

Bernard Berthod, conservateur du musée religieux de Fourvière à Lyon, était l’invité d’Arts et cloître. Il a su montrer l’étendue du talent du célèbre orfèvre et sculpteur contemporain, Goudji, sa créativité et sa force intérieure.

Bernard Berthod est un homme de culture aux multiples facettes. Après avoir été médecin, il est à la fois historien, écrivain et conservateur du musée religieux de Fourvière où il programme des expositions variées.

Auteur de nombreux ouvrages, il a réalisé un dictionnaire des arts liturgiques, en collaboration avec Elisabeth Hardouin-Fugier et Gaël Favier. Il a reçu le prix du chanoine Delpeuch, sous l’égide de l’Institut de France, pour l’ensemble de son œuvre et de son action en faveur du patrimoine religieux en 2007.

«Élever l’âme »

Il connaît Goudji depuis plus de vingt ans, a écrit un livre sur lui et son parcours étonnant. Il dit ceci de l’orfèvre : « Il vient d’un autre monde et naît en Géorgie le 6 juillet 1941 à Borjomi. Son nom Goudji est un diminutif affectueux donné par sa mère. Celle-ci est une très bonne pianiste et le père de Goudji est médecin. » Très jeune, il connaît l’Europe à travers les planches de l’exposition universelle de Paris, ramenées par son grand -père. Il dessine très tôt et entre aux Beaux Arts à Tbilissi. « Après la mort de son père, Goudji rentre voir sa mère et voit des dinandiers à cette occasion. Il se dit alors que c’est ce qu’il va faire.

 

En Union soviétique on ne peut qu’être un citoyen lambda, il est impossible d’utiliser le métal », ajoute le conférencier. Dès lors, il va tenter de réaliser son rêve. Il rencontre Catherine Barsac, une Française qui travaille à l’ambassade de France à Moscou. Ils se marient en 1970 et ont un enfant. « Par chance, le beau-père de Goudji a de nombreuses relations en tant qu’auteur lyrique et directeur du théâtre des Champs Elysées. Il est l’ami des Pompidou et ils vont arriver à l’extrader. »

Goudji dans son atelier

En janvier 1974, ils arrivent à Paris. Goudji doit se confronter à une société très différente de celle qu’il a connue. Il dira : « Je suis né à Paris à l’âge de 33 ans. » Il réalise d’abord des bijoux et des objets décoratifs. Ses premières créations en métaux précieux sont réalisées avec des couverts en argent hérités de sa mère. Hubert de Givenchy est très séduit par ses bijoux. Puis il rencontre le galeriste Claude Bernard qui le fera largement connaître.

Un ami de son beau-père, Félicien Marceau, lui commande son épée d’académicien. Il en fera vingt-deux. « Goudji est un rêveur qui voit des animaux fabuleux et des fleurs qu’il veut retranscrire dans le métal. La technique est simple et complexe à la fois. Il utilise une feuille de métal à laquelle il donne forme et incorpore des pierres de tous les jours», indique le conférencier. Il a trois ateliers : un à Paris, un en Vendômois et un sur l’île de Bréhat où il réalise lui-même ses outils (bigornes). Puis grâce à François Mathey, inspecteur des Monuments historiques, il crée une première œuvre liturgique en 1986 pour l’abbaye de l’Epau, une cuve baptismale, inspirée de l’art oriental qui sera utilisée à Notre Dame de Paris par Jean-Paul II.

Fournisseur de l’Église catholique

Il va peu à peu diversifier ses commandes et devenir l’un des fournisseurs de l’Église catholique au gré des rencontres. Il réalise des autels, des croix (suspendues ou processionnelles ou pectorales), des ambons, des encensoirs, évangéliaires, reliquaires (de Padre Pio), ostensoirs (Lourdes), châsses ou d’autres objets pour des cathédrales ou des églises : à Chartres, à Ste-Clotilde de Paris, à Luçon et dans diverses abbayes… « Goudji a la vision qu’il doit créer des objets de beauté à la gloire de Dieu. L’objet doit être beau car il doit élever l’âme. En somme, il a renouvelé le regard des fidèles catholiques avec l’idée que rien n’est trop beau pour Dieu. Il va comprendre l’importance de la culture chrétienne catholique en France et ainsi réconcilier Rome et Byzance dans son œuvre œcuménique », conclut Bernard Berthod.

Reliure de l’évangéliaire du monastère bénédictin d’Abu Gosh (Jérusalem)
© Marc Wittmer

 

Ainsi, Mgr Ravel a une crosse réalisée par Goudji. Cet artiste singulier œuvre dans le silence de son atelier et cultive la beauté et la foi, tout en étant parvenu à atteindre son rêve. Un itinéraire en tous points remarquables.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 23/04/2017

L’art contemporain face au silence

février 5th, 2017 § Commentaires fermés sur L’art contemporain face au silence § permalink

 

Invitée des conférences arts et cloître, Valérie Buisine, docteur en théologie (*) a choisi en contraste avec la vacuité de certaines toiles, l’œuvre de cinq artistes contemporains inspirés par la rencontre le silence ou la contemplation.

Aujourd’hui, l’art contemporain recèle le pire comme le meilleur. « Il est presque provocateur de penser que l’on puisse trouver un art capable de faire silence par rapport à un monde bruyant et plein d’images. Un art qui créerait une rencontre du dedans et une quête existentielle », introduit Valérie Buisine. C’est pourtant le cas de l’œuvre de Soulages et de Rothko. Le premier utilise un noir total, le second joue avec la couleur, tous les deux sont assez minimalistes dans leur art.

« L’art de Rothko répond à un monde encombré »

« La texture de Soulages était devenue un piège à lumière. Il travaille le brou de noix, le goudron. Et pourtant la picturalité a provoqué ses premières émotions avec un lavis, femme à demi couchée de Rembrandt du British Museum. Conques est aussi le lieu de ses premières expériences artistiques à cinq ans ». Son œuvre incite au silence et à la contemplation pour rencontrer la vraie lumière. C’est une expérience à la fois physique et métaphysique. « La toile qui ne renvoie à rien renvoie au moi de chacun », ajoute la conférencière.

Comme le dit Michel Butor, « l’art de Rothko répond à un monde encombré ». Le spectateur est saisi par l’atmosphère colorée de ses toiles où il superpose des frottis de couches successives comme des voiles colorés avec des bords floconneux. « Il a le désir de créer un vibrato de la couleur comme il en existe pour la musique », analyse Valérie Buisine. « Le silence de ses tableaux est juste. Il invite à la contemplation, la vue se perd dans la couleur, dans un au-delà du soi et du visible. Le but de Rothko est que son œuvre provoque un tremblement de l’être ».

Fabienne Verdier a séjourné dix ans en Chine. Maître Wong lui dit : « tu es entrée en peinture comme d’autres artistes entrent en religion ». Elle met en œuvre le souffle, l’influx. Le geste est fait d’intensité et d’épaisseur. Elle achète et crée des pinceaux et fait toute une recherche sur la puissance du trait. Elle cherche aussi à mettre dans ses œuvres les mouvements de l’âme, que seul le silence favorise.

Le vidéaste Bill Viola travaille aussi sur le silence et la contemplation. Son ascension sous-marine est spectaculaire. Un homme plonge les bras en croix. Il sombre puis remonte. Viola est préoccupé par la souffrance, la renaissance. Dans le cas de cette vidéo, on prend le temps de la rencontre, du silence et de la contemplation en faisant une expérience incroyable et forte.

Enfin, Anthony Mac Call, cinéaste avant gardiste anglais sculpte l’immatériel entre visible et invisible. Il ajoute : « chacun apporte ce qu’il veut dans mes œuvres » Tous vont droit à l’essentiel : « ce vide du trop-plein du monde ouvre un espace du dedans libre et serein. »

(*) à l’université de Lille

L.L

Article paru dans les D.N.A. du 08/03/2017

Dire le monde et lui donner sens

décembre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Dire le monde et lui donner sens § permalink

Invitée des conférences Arts et cloître, Karima Berger, présidente d’Écritures et Spiritualités et écrivain, est venue parler d’Etty Hillesum à travers le dialogue noué avec elle par-delà le temps dans son livre Les Attentives.

Que peuvent se dire une jeune femme hollandaise des années 1940 et une Marocaine ou Algérienne d’aujourd’hui ? Karima Berger, invitée des conférences Arts et cloître début décembre, a toujours été intéressée par la rencontre avec l’autre et par la diversité des cultures. À la maison, elle parlait l’arabe, à l’école le français. « Cette diversité de deux mondes a instillé dans mon tréfonds une grande curiosité. J’ai vécu en Algérie jusqu’à l’âge de 25 ans puis je suis venue en France faire mon doctorat. Le 11 septembre a été pour moi un vrai traumatisme. À un moment où je cherchais ce qu’était qu’être musulmane et libre, j’ai lu Etty. »

Croire, c’est un bonheur

En trois ans, Etty Hillesum, jeune juive décédée à Auschwitz qui vécut à Amsterdam dans les années 1940 a fait un parcours spirituel et humain d’une grande intensité. « Elle avait une pensée du divin extraordinaire. Croire, c’est un bonheur, une joie, pas quelque chose d’enfermant. » Pourtant, au départ, elle ne connaît rien de sa religion juive et n’a eu aucune éducation spirituelle. En rencontrant son amant Spier, elle va découvrir la question du divin et travailler aux conseils juifs pour « aider » les prisonniers juifs du camp de transit de Westerbork. À un moment donné, les règles se durcissent et elle devra cesser ses allers-retours pour choisir d’être là avec les familles à Westerbork. Elle dit : « Je suis là pour être. » Elle va leur instiller une étincelle divine sans en avoir l’air. On le sait car elle avait donné à une amie ses carnets et elle rêvait d’être poète.

Karima Berger explique le parcours de vie d’Etty Hillesum en quelques mots avec beaucoup d’émotion.

« Le vide est un lieu hautement spirituel »

La jeune hollandaise avait au-dessus de sa table de travail une petite photo d’une Marocaine. Karima Berger redonne voix à celle-ci. Au-delà des années et des différences culturelles, elles cherchent toutes deux à dire le monde et à lui donner sens. Karima Berger le fait par l’art et l’écriture. L’art est le fondement même de l’altérité et l’écriture permet de faire le détour par l’autre. Etty traduisait du russe, de l’allemand, du néerlandais. Elle avait même un coran. La conférencière insiste sur le fait que « le vide est nécessaire pour faire advenir Dieu parce qu’il permet une écoute au-dedans de soi ». « Le musulman prie devant une niche vide, cela permet la prière de chacun et sa singularité. Le vide est un lieu hautement spirituel comme le cloître est un lieu de prière et de méditation. » Une autre façon de découvrir Etty Hillesum qui était aussi une grande amoureuse de la vie.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 31/12/2016

Une église particulière : un édifice culturel remarquable

octobre 21st, 2016 § Commentaires fermés sur Une église particulière : un édifice culturel remarquable § permalink

Dans le cadre des 10 ans d’Arts et cloitre et des 410 ans de la pose de la première pierre,par Grégory OSWALD, conservateur du Musée de la Chartreuse, a donné samedi 15 octobre au caveau de la chartreuse, une conférence sur le thème « L’église de la Chartreuse de Molsheim : un édifice disparu du XVIIe siècle ». Elle a permis de resituer et comprendre l’importance et l’originalité de cet édifice au sein de la chartreuse.

 

Les travaux de l’église commencèrent en 1606. Le 2 septembre, l’évêque suffragant Adam Peetz bénit les fondations et posa la première pierre, sous le maître-autel. Au cœur de la vie spirituelle des Chartreux, l’église conventuelle occupait symboliquement le centre du cloître et communiquait directement avec lui, ainsi qu’avec la maison du prieur.  Elle se distinguait par ses proportions (38 m de long sur 12 m de large), mais construite selon un plan très simple, elle comprenait une nef unique qui débouchait directement sur le « chœur des pères », de même largeur, terminé par une abside à cinq pans.

chartreuse-de-molsheim-statue-de-saint-bruno_modifie-1_arts_et_cloitre2Édifiée de 1606 à 1610 par l’architecte Ulrich Tretsch, bourgeois de Rosheim, l’église de la Chartreuse ne fut consacrée qu’en 1614. Ornée de nombreux tableaux, elle connut à la fin du XVIIe siècle, une importante campagne de décoration, marquée par la rénovation du chœur des pères et la mise en place de boiseries. Un siècle plus tard, en 1769-1770, le sculpteur Mathias Faller réalisa plusieurs autels pour le couvent de Molsheim, dont certains sont encore visibles actuellement (autels à Bernardvillé et à Obernai). Malheureusement, gravement endommagée par un incendie le 23 novembre 1791, cette église a servi de carrière municipale, pour définitivement disparaître en 1797.

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Aujourd’hui, plusieurs dessins et gravures des XVIIe et XVIIIe siècles nous permettent d’esquisser les grandes lignes de cet édifice culturel remarquable. Bien plus, de nombreux vestiges architecturaux découverts récemment (lors des différentes campagnes de la restauration du cloître) offrent un nouveau regard sur l’architecture de l’église. Enfin, son mobilier intérieur et son évolution peuvent être esquissés à travers les statues et boiseries qui ont été épargnés par les disparitions et les incendies de l’époque révolutionnaire.

 

P.S. deux images : l’une représentant la chartreuse de Molsheim en 1744, l’autre est une statue de St Bruno provenant du Maître -autel de la  chartreuse de Molsheim, exceptionnellement présente durant l’exposition au Musée de la chartreuse jusqu’au 16 octobre.

Ecoutez en exclusivité l’interview de Gregory Oswald sur RCF:

Une Création récréative et méditative

octobre 20th, 2016 § Commentaires fermés sur Une Création récréative et méditative § permalink

Comme un point d’orgue dimanche après les nombreuses festivités des dix ans d’Arts et cloître, une remarquable création musicale a été donnée dans le cloître par le compositeur Maurice Lanoix, huit chanteurs, quatre instrumentistes et trois lecteurs. Conçue comme une série de miniatures, elle a donné à méditer sur la spiritualité des chartreux mais a aussi réjoui le public venu nombreux par la variété, l’humour et la créativité de l’ensemble.

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A l’origine lorsque la demande d’une création musicale lui fut adressée fin 2015, Maurice Lanoix n’avait aucune idée de ce qu’il allait composer. Puis très vite, l’idée fut d’illustrer musicalement des textes de son choix parmi ceux choisi par le comité, présidé par Laurence Levard. « Compte-tenu de leur nombre, il n’était pas question de développer longuement chaque thème composé. Aussi, l’idée d’œuvres très courtes a surgi comme autant de petits tableaux    d’une exposition. »

La musique fut prête en novembre. Il fallait réunir les musiciens : Jean Schweblin au violon, Véronique Dietrich au violoncelle, Michèle Leichtnam à la flûte traversière et André Ledig à la clarinette. Puis trouver les chanteurs. Marie-Hélène Lorentz et Sabine Stouvenel comme soprano ; Cathy Gilmann et Nathalie Kowes-Gast comme alto, Frédéric Karcher et Maurice Lanoix comme ténor, Dominique Bergeret et Jean-Pierre Coué comme basse. Puis trois lecteurs furent nécessaires : Jacqueline Engel, François de la Vareille et Suzanne de Damas.

Une ambiance restituée par les textes, la musique et les choeurs

Chaque miniature traduit une ambiance restituée à la fois par les textes, la musique et les chœurs changeant au fil des siècles, plus stricte au temps de Saint-Bruno, plus harmonieuse ensuite.

A partir de thèmes différents : la Création, Saint-Bruno, le désert, la rencontre, les jardins, la clochette, le silence, Marie, les béatitudes et les louanges, elles empruntent à plusieurs époques mais restent toujours accessibles et récréatives. Un canon de deux voix de femmes soutenue par la clarinette matérialise l’eau vive.

Dans les jardins, bourdonnent les insectes et s’égosille un merle, traduits notamment par la flûte et quelques instruments à cordes. La clochette en tintant permet d’unir la vie d’ermite et la vie communautaire en faisant cesser aussitôt son activité au moine pour passer à la suivante selon la règle des chartreux. Elle est rendue avec beaucoup d ‘humour par le son d’une véritable petite cloche et se fait proche de l’auditoire. Elle impulse le rythme au quatuor instrumental. Dans les béatitudes culminent toutes les voix qui donnent leur pleine mesure ainsi que dans les louanges finales.

Enfin, un dernier cadeau est fait à l’assemblée avec un Ave Maria créé tout exprès pour trois voix de femmes, violon et violoncelle. Une création remarquable, et un concert sous le signe de la générosité. L’association Arts et cloître a ensuite partagé avec tous un verre de l’amitié autour d’un gâteau d’anniversaire pour fêter ces 400 + 10 ans, en présence du député -maire Laurent Furst.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 20/10/2016

**La photo est publiée avec l’aimable autorisation de Gérard ANDLAUER que nous remercions**

Saint Bruno vu par les chartreux

octobre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Saint Bruno vu par les chartreux § permalink

Nathalie Nabert a donné une conférence très éclairante sur la figure de Saint Bruno dans la tradition des chartreux pour les dix ans d’Arts et cloître et les 410 ans de la pose de la première pierre de l’église de la Chartreuse.

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Si nous connaissons peu de chose sur Saint Bruno, qu’en disent les sources historiques, littéraires et spirituelles ? D’abord, que « lorsqu’il se retire du monde, cela n’a rien à voir avec un projet de fondation d’un ordre de sa part. Il est la marque d’un appel intime à la solitude et à la paix. Bruno, après son retour d’exil et la déposition de Manassès par le pape, ne souhaita pas reprendre sa chaire à l’école cathédrale, ni son titre d’écolâtre, ni sa charge de chancelier et encore moins remplacer l’archevêque déposé », précise Nathalie Nabert (*).

Il a besoin de se mettre à l’écart du monde à plus de 52 ans, à une époque où l’on est déjà considéré comme vieux. Ensuite, il se rend près de Troyes, à Sèche-Fontaine avec deux compagnons, Pierre et Lambert. Ils mènent tous les trois une vie d’ermite avec l’accord de l’abbé de Molesmes. Ils sont nombreux à y affluer et le rattachement au monastère et à la vie communautaire s’impose. Ce qui fait fuir Bruno avec six compagnons, vers 1083, désireux de poursuivre une véritable vie d’ermite.

Solitude et silence dans la Chartreuse

La direction de Grenoble est prise car le saint évêque Hugues est un ancien élève de Bruno et il leur attribue une terre désertique dans le massif de Chartreuse. La charte de donation des terres est ratifiée le 9 décembre 1086. « À la manière des anciens moines d’Égypte, ils habitent constamment des cellules isolées où ils ne cessent de s’adonner au silence, à la lecture, à l’oraison et au travail manuel, surtout à la copie des livres. » « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience, » écrit Bruno à Raoul le Verd.

Ensuite, les seuls témoignages autobiographiques sur Bruno datent de 1096-1101 et donnent une piste de réflexion sur les modèles qui l’ont inspiré. Ces lettres sont rédigées depuis la Calabre où Bruno s’est retiré dans un ermitage après avoir servi quelques mois à Rome auprès du pape. Il s’agit de la lettre à Raoul le Verd inspirée de celle d’Héliodore du 4e siècle. Et de la lettre donnée à Landuin (1099-1100), prieur de la première communauté de Chartreuse pour exhorter au maintien de l’observance. La première s’inspire de saint Jean Chrysostome pour la description de la beauté de la nature, du deuxième livre des Dialogues de Saint Grégoire et surtout des conférences de Jean Cassien d’où il tire l’image de « l’arc tendu » pour désigner la vie spirituelle du solitaire. « Il résulte des analyses des lettres de Saint Bruno une quasi-ignorance sur les choix explicites de ses modèles de vie érémitique, sinon par assimilation des sources scripturaires et patristiques où semblent dominer les références aux figures contemplatives de l’Ancien et du Nouveau Testament comme Rachel, épouse de Jacob et Marie de Béthanie, sœur de Marthe, » indique la conférencière. Toutefois, Saint Bruno a eu connaissance du monachisme égyptien par l’intermédiaire de Cassien. Elle ajoute : « On peut estimer que c’est le regard extérieur des premiers témoins porté sur l’œuvre de saint Bruno d’une part, et d’autre part le travail de législation de Guigues 1er qui ont assumé la transmission de modèles de la vie érémitique des chartreux. »

Maître dans l’art de commenter les psaumes

Les titres funèbres et les éloges postérieurs laissent apparaître les mentions simultanées de Bruno passé maître dans l’art de commenter les psaumes et les Écritures et de Bruno, fondateur historique de l’ordre des Chartreux. Curieusement Bruno n’a pas été tout de suite après sa mort érigé en figure de saint malgré l’éloge des titres funèbres tandis que c’est le cas d’Hugues, évêque de Grenoble, encensé par les sources contemporaines. « Guigues 1er, cinquième prieur de Chartreuse est celui qui a donné les Coutumes et en quelque sorte la Règle aux chartreux. Bruno n’apparaît que tardivement. » En effet, la Mémoire de l’Ordre et l’hagiographie populaire édifient une légende autour de Saint Bruno, mort en 1101, dès 1298 pour culminer au 16e siècle, somme toute très tardivement.

(*) Doyen honoraire de la Faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris et directrice du CRESC (Centre de Recherches et d’études de spiritualité cartusienne).

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 27/10/2016.

 

Arts et Cloître : l’exposition se poursuit jusqu’à dimanche à la chartreuse

octobre 14th, 2016 § Commentaires fermés sur Arts et Cloître : l’exposition se poursuit jusqu’à dimanche à la chartreuse § permalink

L’exposition autour du thème « rencontres, silence et contemplation », se poursuit au Musée de la chartreuse de Molsheim jusqu’au 16 octobre. Elle réunit des œuvres très différentes par leurs approches et leurs supports de Rolf Ball, Pascal Meier et Bruno Rotival.

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Rolf Ball travaille depuis plus de vingt ans l’icône. Il avait alors exposé à la chartreuse. Son œuvre a beaucoup évolué entre-temps et s’inspire de cultures multiples. « A l’âge de 40 ans, Rolf s’embarque dans un cursus d’ethnologie à l’Université de Strasbourg, se spécialise dans les arts traditionnels d’Afrique et dans les expressions pariétales. Il écrit un mémoire sur l’art des Icônes byzantines, restaure en même temps des œuvres anciennes et avoue sa fascination pour les canons esthétiques rigoureux et les codes très stricts qui régissent l’art des icônes, » indique JF Ott. Ses œuvres portent à la rencontre avec l’autre et témoignent d’une joie et d’un émerveillement remarquables à travers un jeu de couleurs très vives qui restituent selon les couleurs une certaine perspective alors que l’icône traditionnelle pratique une perspective inversée.

Pascal Meier peint des enluminures avec une précision extraordinaire. A l’origine de son travail, il découvre en 1993 un livre d’Henri Stierlin, intitulé : « le livre de feu, l’Apocalypse et l’art mozarabe » qui le subjugue littéralement. Il est alors étudiant à l’école cantonale d’art de Lausanne. A cette époque, il était attiré par les arts hindous, bouddhiste, musulman et chrétien et l’art contemporain ne l’intéressait pas vraiment. En d’autres termes, il a une sorte de révélation en regardant les images du livre cité ci-dessus ; ironie du sort, il s’agissait de miniatures sur l’Apocalypse de St Jean. « Leur style quasi calligraphique et la franchise du trait ainsi que l’usage de couleurs saturées à l’extrême m’ont interpellé bien plus que le sujet traité pour lequel j’avais quelques réserves. Mais en mettant en parallèle les images de bien des Beatus mozarabes et le dernier texte de la Bible, je me suis aperçu qu’il y avait bien plus à dire que ce qu’on avait retenu de l’Apocalypse jusqu’à maintenant », précise-t-il. Son travail a commencé à partir d’une image du Hortus deliciarum, ouvrage du XIIe siècle, conservé quelque temps à la chartreuse de Molsheim. Bruno Rotival, nous donne à voir la vie des frères et pères chartreux dans leur monastère, ce que l’on ne voit pratiquement jamais puisque les pères vivent en silence et seuls dans leur cellule. Vingt-deux monastères de chartreux existent aujourd’hui dans le monde et vivent toujours selon la même règle. A chaque fois, il est précédé d’un moine qui lui ouvre la porte. Avec beaucoup de sensibilité, de discrétion, de pudeur et un vrai sens esthétique, il nous ouvre une petite lucarne sur le quotidien de leur vie, eux qui ont tout donné à Dieu. A découvrir avant la fermeture !

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 14/10/2016.

Vernissage de l’exposition Pascal Meier, Bruno Rotival, Rolf Ball au musée de la Chartreuse de Molsheim le jeudi 6 octobre 2016 à 18h30

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Jeudi soir, jour de la St Bruno, le vernissage de l’exposition « Rencontres, silence et contemplation » s’est déroulé dans le prieuré de la Chartreuse.

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Cette exposition, réalisée à l’occasion des 10 ans de l’association     « Arts et cloître », a permis d’admirer les icônes de Rolf Ball, les enluminures de Pascal Meier et les photos de Bruno Rotival.

En introduction, le conservateur, Grégory Osswald, a remercié les artistes pour leur participation et Arts et cloître pour cette manifestation. Bruno Rotival, photographe depuis 40 ans, pose le regard de son objectif sur l’ombre et la lumière de la vie monastique. Rolf Ball propose ses icônes chatoyantes qu’il estime être « la fusion profonde du religieux et de l’esthétique propre aux chrétiens d’Orient ». Enfin Pascal Meier (absent) a présenté ses délicates miniatures, éclatantes et riches de couleurs dans leur minutie. Laurence Levard, présidente d’Arts et Cloître, a rappelé « ces rencontres artistiques et culturelles dispensées depuis dix ans ici ». Une création musicale de Maurice Lanoix en sera le point d’orgue dimanche à 16 h 30 dans le cloître. Elle rappelle aussi la fête de St Bruno, dont une conférence dévoilera qui il était dans une conférence au caveau samedi 08 octobre à 15 h. Elle remercie le maire d’Obernai pour le prêt exceptionnel de la statue de St Bruno.

Le député -maire Laurent Furst, venu avec la conseillère départementale et adjointe, Chantal Jeanpert, a conclu ce vernissage par cette formule : « que celles et ceux qui œuvrent soient fiers du travail fait ».

L’exposition est visible jusqu’au 16 octobre.

Article paru dans les D.N.A. du 08/10/2016

L’interview de Bruno Rotival réalisée à l’occasion du vernissage est  à écouter en suivant le lien suivant:

Les photos du vernissage et de l’exposition sont en ligne en suivant le lien

https://www.flickr.com/gp/alsace-media/e97o0R