Quel sens donner à l’Apocalypse de St Jean ?

avril 21st, 2012 Commentaires fermés

La septième conférence du cycle les visages du spirituel dans l’art : silence, beauté, mystère … s’intitule « l’Apocalypse de Saint Jean illustrée par la tapisserie d’Angers  » .Elle sera donnée par Paule Amblard historienne  de l’art et écrivain, samedi 12 mai 2012 de 16h30 à 18h au caveau de la chartreuse de Molsheim.

Le texte de l’Apocalypse de Saint Jean revient au premier plan à chaque période troublée de l’histoire. Si aujourd’hui, le mot apocalypse évoque le chaos et la fin du monde, le terme signifiait à l’origine « révélation.» Les visions décrites, effrayantes et grandioses, restent une énigme symbolique à déchiffrer. Au  XIVème siècle, Hennequin de Bruges illustra chacune d’elles dans un ensemble grandiose de 130 mètres de long sur 6 mètres de haut, réalisant ainsi la plus grande tapisserie au monde, aujourd’hui conservée au musée d’Angers, jadis réalisée pour le duc Louis d’Anjou. La conférence est un voyage au cœur du chef d’œuvre et propose une découverte du texte de l’Apocalypse qui nous conduit à la lumière. En décryptant la signification des images et des symboles, Paule Amblard nous incite à nous interroger sur le sens profond  du message de Jean. L’homme doit renaître, tel  est le message d’espoir que l’on  découvrira.

Entrée libre en fonction des places disponibles, plateau.
Réservation conseillée auprès de l’Office du Tourisme au 03 88 38 11 61 .

Quels regards portons -nous sur la croix et le crucifié aujourd’hui?

février 11th, 2012 Commentaires fermés

« La crucifixion dans l’art contemporain des XXème et XXIème siècles (suite et fin) », sixième conférence du cycle « Les visages du spirituel dans l’art: silence, beauté, mystère… »a été donnée par Jérôme Cottin, historien de l’art et professeur de théologie protestante à l’Université de Strasbourg, le 24 mars 2012 au caveau de la chartreuse de Molsheim.


Le crucifié et la croix,  sont parmi les thèmes chrétiens ceux qui résistent le plus à l’effacement du christianisme dans l’espace public et la création artistique contemporaine. Mieux, on n’a jamais vu autant de croix et de crucifiés, produits dans de multiples contextes, sous différents supports, et traités de manières très diverses. Que faut-il penser de ces représentations, dont certaines peuvent être ressenties comme provocatrices ? Comment les comprendre ? Notre enquête montre la diversité des expressions contemporaines autour du crucifié, et tâche d’en comprendre le sens, à la fois culturel et spirituel.

L’espace du pardon

janvier 22nd, 2012 Commentaires fermés

« Cultiver la lumière et ouvrir l’espace du pardon : le reniement de saint Pierre d’un élève du Caravage » : tel était l’intitulé de la cinquième conférence Arts et cloître, donnée à la Chartreuse par Colette Nys-Mazure, écrivain et poète.

Venue tout exprès de Belgique, Colette Nys-Mazure a toujours beaucoup apprécié l’art et le travail avec des musiciens ou des peintres.

Elle aime « discerner l’invisible dans le visible, car nous vivons beaucoup de l’écume en oubliant la vague », dit-elle.

En empruntant les mots de Le Clezio, elle ajoute : « Être vivant, c’est d’abord savoir regarder, c’est la première jouissance effective de l’être vivant ». Elle est l’auteur d’un petit ouvrage consacré à un tableau de la chartreuse de Douai, pour lequel elle a eu un vrai coup de cœur : Le reniement de saint Pierre d’un émule du Caravage, pensionnaire de Saraceni (*).

Il met en scène deux personnages selon un épisode de l’Évangile : saint Pierre qui vient de renier Jésus par trois fois avant que le coq chante et une jeune servante qui l’a reconnu et vocifère face à son déni. (**)

Dans ce tableau du musée de Douai, sur fond sombre, Pierre, tout ratatiné, est dominé par la servante, à la coiffe blanche et à la robe vermillon, en pleine lumière, qui crie.

« Pierre plus âgé que dans notre imaginaire »

Il est dans la pénombre, peint dans des tons sourds, sauf une partie de son crâne, de sa ceinture blanche, des plis de sa couverture et d’une de ses mains, allusion à un autre passage de l’Évangile : « Quand tu seras vieux, un autre nouera ta ceinture et t’emmènera là où tu ne voulais pas aller (***) ».

Colette Nys-Mazure est entrée dans le tableau et s’en est laissé imprégner « Pierre est plus âgé que dans notre imaginaire, c’est le parti pris du peintre. L’inspiration du peintre est-elle le fruit d’une longue observation ou d’une expérience fondatrice ? […] Le reniement est un fait violent, grave, mais ne sommes-nous pas tous les auteurs de mille petits reniements au quotidien ? », interroge-t-elle.

Elle met en exergue avec un texte de Marie Noël, le fait que dans nos vies, « nous sommes souvent déçus ou décevants pour les autres. Et que par conséquent, nous traînons de nombreux remords. Nous n’aimons pas assez ou ne sommes pas aimés comme nous le voudrions. Et nous sommes tantôt à gauche, comme Pierre, ou à droite, comme la servante. »

Fascinée par ce dialogue à deux visages et quatre mains, la conférencière nous guide, au-delà du drame, l’espace du pardon. Au centre de ce tableau, les quatre mains jouent un dialogue tout autre que l’apparence des choses. Les mains de Pierre devraient être ridées, mais celle qui va en direction de la servante est déjà rajeunie par ce qui est en train de se passer au fond du cœur de Pierre. Il existe en l’homme cette capacité à croire en l’amour inconditionnel. Pierre va aller au-delà du reniement, vers l’acquiescement à la faute, puis vers le pardon. « Au-delà de nos propres égarements, nous devenons capables de bondir dans l’espace du pardon, une aire pour notre propre croissance spirituelle. Si Judas a couru se pendre, Pierre a cru en la possibilité du pardon et a été cette pierre angulaire de l’Eglise ».

Et pour conclure, elle emprunte ces mots au poète Jules Supervielle : « Encore frissonnant sous la peau des ténèbres, tous les matins, je dois recomposer un homme avec tout ce mélange de mes jours précédents, me voici tout entier, je vais vers la fenêtre… épargne ce que j’ai d’étoilé en dedans ». Une invitation poétique et optimiste à l’unité malgré nos contradictions et une foi en l’homme à déplacer les montagnes.

(*) collection Ekphrasis aux Editions Invenit, 2011,9 € (**)cf. Matthieu 26, 69-75. (***) Jean 21, 18

L.L.

Article paru dans les DNA du 4 mars 2012.

La Trinité dans l’art, un sujet à réinvestir

janvier 10th, 2012 Commentaires fermés

François Boespflug, dominicain, historien de l’art et professeur de théologie catholique, a su captiver son auditoire avec les résultats d’une étude de près de 35 ans sur Dieu et le mystère de la Trinité dans l’art occidental.

Grâce à un riche échantillon d’images, François Boespflug a réussi le tour de force de présenter une synthèse de son étude, le temps d’une conférence.
« L’histoire des images de Dieu est un révélateur des représentations collectives de la vie, de la mort, de la beauté, de l’honneur, de la dignité, du divin et de l’humain, du pouvoir et du bonheur ultime… », a-t-il notamment indiqué.

«Aujourd’hui, la question de la représentation du divin chrétien se pose en termes nouveaux»

Si le Christ et la Trinité dans l’art sont presque indissociables, la Trinité dans l’art est moins connue et plus difficile à aborder, d’où l’intérêt de cette conférence. De la colombe au triangle, en passant par les trois mêmes personnages jusqu’à la compassion du Père, les artistes ont réagi différemment selon les périodes. La transmission s’effectue sans difficultés majeures, du temps des apôtres, mais il faudra près de mille ans pour que les choses s’approfondissent et se fixent en Église à propos de la Trinité.
« Si le christianisme est une religion monothéiste, le Dieu chrétien est de trois tenants, trois personnes distinctes en l’unité d’une seule nature, essence ou substance qui sauve, sanctifie et béatifie. Les trois font tout en même temps ».
Il ajoute : « Le mystère de la Trinité est hors de portée de la raison et n’est accessible que par la révélation, notamment dans le Nouveau Testament (prologue de Jean, baptême de Jésus). L’art est une sorte de prolongement de la vision des prophètes », précise-t-il.
Curieusement, La Trinité ne concernait pas les images d’art au départ, au cours des deux premiers siècles de notre ère, parce que cela allait de soi. Les six premiers siècles de l’art chrétien (III e au VI e siècle) voient l’apparition progressive d’images du Christ en tant que Dieu, et de quelques images trinitaires, mais non d’images durables de la Trinité », indique François Boespflug. Les principaux défenseurs de l’image (Damascène, Nicéphore, Théodore) et le décret du concile Nicée I de 787 plaident en faveur de la règle du christomorphisme à savoir : on ne peut représenter Dieu que sous les traits du Christ, le Dieu fait homme « ce qui tend à exclure toute image de la Trinité mais non pas toute image trinitaire », dit-il.
Puis du IX e au XII e siècle se produit un foisonnement d’images oubliant le décret de Nicée II. La liberté reconnue aux artistes permet d’explorer les ressources du visible pour dire l’invisible du XIII e au début du XV e siècle. « La clef de voûte de Dieu, le père en vieillard, non légitime au niveau théologique, a permis à l’imagerie occidentale de la Trinité de s’édifier, mais les principales images qui ont eu cours en Occident ont été produites hors de toute régulation ecclésiale. Les images de la Trinité sont pour la plupart plus ou moins litigieuses et ne font pas même l’unanimité parmi les théologiens catholiques. Le seul texte du magistère romain qui en parle, celui du pape Benoît XIV, est tardif (1745) et évasif ». Au siècle des Lumières, d’autres thèmes prévalent : mythologie, peinture légère…
Dans la seconde moitié du XX e siècle, l’iconographie de Dieu et de la Trinité dans l’art s’effondre « non seulement à cause de la sécularisation de la culture, mais aussi à cause de sa fragilité constitutive ».
Aujourd’hui, la question de la représentation du divin chrétien se pose en termes nouveaux à l’époque de la mondialisation et du web.
« Les images de Dieu sont allées trop loin dans l’anthropomorphisme ». Il s’agit aussi de se réapproprier le dogme de la Trinité. « Les croyants chrétiens ont pour tâche de dire et de peindre la Trinité de façon à ce que ses images ne soient pas ressenties comme des enfantillages, de grossières rechutes ou de simples provocations entre confessions chrétiennes ou monothéismes », conclut-il.

L.L.

Article paru dans les DNA du 9 février 2012.

La beauté intérieure du Greco

janvier 10th, 2012 Commentaires fermés

Belle performance d’Emmanuel Rondeau qui, par son érudition passionnée et sa simplicité, a su faire redécouvrir l’intériorité et la grande modernité du Greco, lors de la troisième conférence du cycle organisé par Arts et cloître.

Venu de Londres, ancien élève de l’Institut des Arts Sacrés de Paris, Emmanuel Rondeau introduit sa conférence par un extrait d’une lettre d’Armel Guerne (traducteur de Shakespeare) à Dom Claude, moine de la pierre qui vire. « Un poème ne commence à exister que lorsqu’il rentre dans la chaleur d’un cœur et sourdement habite son silence. »

De la même façon, ajoute le conférencier, « les grands peintres vivent par notre regard et Greco en est la démonstration.Il fut longtemps ignoré en Espagne comme ailleurs; les tableaux du peintre au musée du Prado comportaient sur leur cartel un simple numéro d’inventaire.

En 1898, Miguel de Unamuno, dans L’Essence de l’Espagne, n’en fait aucune mention. Quant à Théophile Gautier qui l’a redécouvert, son voyage en Espagne recense deux œuvres du Greco : La Sainte Famille et Le Baptême du Christ où il qualifie l’art du peintre de « doté de peu de raison, de puissance maladive ».

La première exposition eut lieu en 1903 au Prado. Et pourtant ce peintre connut beaucoup de succès à la fin de sa vie de 1576 à 1614 et fut à Tolède le champion d’une peinture monumentale dès son arrivée. Mais qu’avait-il fait auparavant ?

Il voulait repeindre la chapelle Sixtine !

Né en Crète, il peint à la manière byzantine et y reste jusqu’à l’âge de 26 ans puis il vient se former en Italie à Venise auprès des plus grands : Titien, Tintoret, Bassano. En 1570 il est à la cour du cardinal Farnèse à Rome d’où il part en Espagne six ans plus tard. L’une de ses premières œuvres à Tolède est L’Arrestation du Christ au Jardin des oliviers peint de 1577 à 79.

« L’organisation y est puissante et encore très inspirée par l’Italie. Curieusement, le Greco s’inspire de la musculature de certaines œuvres de Michel Ange qu’il n’apprécie pas du tout puisqu’il voudra repeindre la chapelle Sixtine !

De 1586 à 1588 il peint au couvent de Santo Tomé un grand tableau d’autel avec la légende du comte d’Orgaz. Enfin Greco a énormément traité le thème de saint François, à telle enseigne que la seule gravure éditée du vivant du Greco était une gravure du saint ».

Emmanuel Rondeau souligne l’importance du franciscanisme dans le mouvement de la Contre-Réforme, notamment dans la péninsule ibérique, et le rôle moteur qu’il a joué dans le renouveau de la piété populaire avec la vénération de la crèche et le retour à la foi et à une charité plus authentique.

Si saint François fut l’initiateur et l’inventeur de la crèche, Greco saisit à merveille l’esprit de dépouillement du saint ou de certaines nativités ou adoration des bergers. « Gréco traduit l’élan vers le spirituel par l’étirement des silhouettes pour nous mener au cœur de la beauté intérieure. L’influence qu’il a eue sur la peinture moderne (Demoiselles d’Avignon de Picasso) est considérable ; le modernisme de sa touche et la qualité de sa facture nous laissent muets d’admiration ».

L.L.

Article paru dans les DNA du 18 déccembre 2011.

Dans l’univers de Chagall

janvier 10th, 2012 Commentaires fermés

La deuxième conférence du cycle d’Arts et cloître était consacrée à Chagall. Elle était donnée par Madeleine Zeller, conservateur de bibliothèque et photographe, au caveau de la Chartreuse, devenu une fois de plus bien exigu.

Madeleine Zeller a montré avec talent et détails combien Chagall a aimé le vitrail et y a excellé. « On a l’impression que Chagall est né pour le vitrail. Pour lui, cela a l’air tout simple. La matière, la lumière pour une cathédrale ou une synagogue, c’est une chose mystique qui passe par la fenêtre ». S’il s’agit d’une de ses dernières œuvres, celle de Sarrebourg en est la plus majestueuse, avec ses douze mètres de haut par sept mètres cinquante de large. Il avait déjà réalisé un vitrail pour l’ONU sur le thème de la paix transposé en tapisserie, trente ans plus tard, conservé aujourd’hui au musée du Pays de Sarrebourg. Dans cette ville de garnison, le député maire et Premier ministre Pierre Messmer avait eu l’idée de demander à Chagall de réaliser un vitrail pour fermer le chœur de la chapelle des Cordeliers, dont la nef vétuste venait d’être abattue. Ce qui fut fait de 1974 à 1976.

Chagall reste un artiste libre à plus d’un titre

Avant cela, l’artiste avait déjà réalisé des vitraux au plateau d’Assy, à New York, à Zurich, à Reims et à Mayence. Né à Vitebsk dans l’actuelle Biélorussie, Chagall (1887-1985) est « habité par la Bible, même s’il a été élevé dans la religion juive. » Il a réalisé tout un cycle de gravures de la Bible.

L’œuvre de Chagall fait parler, et renouvelle le thème de l’arbre de vie et du couple originel, avec ce bouquet multicolore flamboyant qui s’enracine dans l’ancienne chapelle de Sarrebourg.

Il y célèbre la beauté de la paix à travers l’amour. Chagall reste un artiste libre à plus d’un titre par rapport à ses sources et à ses réalisations : ainsi, Adam et Eve sont tentés ensemble, tandis que le serpent s’insinue dans la composition. Il réunit l’iconographie chrétienne et la culture hébraïque et est fasciné par la figure du Christ.

Madeleine Zeller a aidé à décrypter l’iconographie complexe et énigmatique de l’œuvre de Chagall, qui a toujours plusieurs sens et s’inscrit dans un temps continu confondant passé, présent et futur. Elle a mis en avant l’importance de la couleur chez Chagall, qui disait : « Dans une seule vie, la couleur qui donne sens, c’est l’amour ». Elle a enfin montré l’amitié qui unissait Charles Marq, maître verrier, à Chagall et le travail technique considérable de celui-ci pour amener des nuances sur des verres doublés gravés à l’acide fluorhydrique et réaliser « l’enflammement à mettre au monde la vision du peintre » pour créer « cette cloison transparente entre mon cœur et le cœur du monde », tel que Chagall définissait le vitrail.

L.L.

Article paru dans les DNA du 10.12.2011.

À l’image de saint Bruno

septembre 7th, 2011 Commentaires fermés

Beau succès pour la première conférence Arts et cloître donnée par Jean-Jacques Danel, franciscain et historien de l’art sur les vingt-deux tableaux d’Eustache Lesueur consacrés à la vie de saint Bruno, fondateur des chartreux.

Jean-Jacques Danel avertit d’emblée que bien des mystères demeurent concernant « saint Bruno (v 1030- 1101) et Lesueur, deux personnages discrets. Et que dire des chartreux, habitués au silence ! »

« Eustache Lesueur (1616-1655) a des habitudes calmes et de piété. Fils d’un tourneur sur bois, il a très peu quitté la région parisienne. Il entre à l’atelier de Simon Vouet où il rencontre la plupart des artistes qui vont compter. Lesueur s’inspirera aussi beaucoup de Raphaël, à tel point qu’on l’appellera le Raphaël français », raconte Jean-Jacques Danel.

Son style se caractérise par une grande élégance

Lesueur se spécialise dans la peinture religieuse à la suite de Vouet. Son style se caractérise par une grande élégance, de l’équilibre et de la grâce qu’on prête à l’Antiquité d’où le terme d’« atticisme parisien » à son propos. « Mais ce cycle de vingt-deux tableaux pour les chartreux n’est pas son œuvre majeure et Lesueur arrive à la fin de toute une série de cycles sur saint Bruno réalisés pour des chartreuses en France, en Espagne et en Angleterre, connu par la gravure ».

La chartreuse de Paris dont il ne reste plus rien se trouvait à l’emplacement actuel du jardin du Luxembourg à Vauvert, d’où l’expression « au diable Vauvert » marquant la distance de cette chartreuse par rapport à Paris. La commande fut réalisée pour le petit cloître des chartreux destiné aux visiteurs de la chartreuse entre 1645 et 1648. Comparativement à d’autres cycles sur saint Bruno, Jean-Jacques Danel montre que « le sujet n’est pas traité de la même façon et que Lesueur, dans une perspective tout intérieure, modifie peu à peu le visage de Bruno au fil du cycle jusqu’à le rendre semblable à celui du Christ. C’est le point de vue choisi par le peintre ».

Il s’est inspiré à la fois de la littérature apocryphe (Raymond Diocrès), et de la vie de saint Bruno pour mieux mettre en valeur la sainteté de vie du fondateur des chartreux (culte autorisé par le Saint-Siège dès 1514) et rejoint en cela le point de vue des chartreux consultés. « Bruno a voulu par son expérience de vie, en arrêtant d’enseigner et en se retirant du monde, trouver le visage de Dieu autrement que par ce que les livres pouvaient lui montrer » explique encore Jean-Jacques Danel en mentionnant une prière attribuée à saint Bruno. « Lesueur insiste aussi sur l’ornementation des vêtements sacerdotaux ; or Bruno n’était pas prêtre. Lesueur a tenté en tout cas d’exprimer le tempérament humain du XVII e siècle de manière moins intellectuelle que Poussin et de façon presque affective » indique le conférencier.

Le concile de Trente insistait sur la sainteté de vie des prêtres et leur fidélité au pape. « A-t-on voulu de cette manière donner des gages aux chartreux ? » Le mystère subsiste…

L.L.

Article paru dans les DNA du 6 novembre 2011.

Périgrinations artistiques entre Orient et Occident

mars 21st, 2011 Commentaires fermés

L’association Arts et Cloître a reçu à la chartreuse Lydia Harambourg, critique d’art et correspondante de l’académie des Beaux-arts pour une dernière conférence qui a brillamment fait découvrir les univers de deux peintres franco-chinois, toujours vivants, devenus académiciens : Chu-Teh -Chun et Zao-Wou-Ki.

Après guerre, Paris est une ville phare, où les grandes figures que sont Picasso, Matisse, Bonnard ou Léger attirent les artistes de tous pays (États-Unis, Chine…) avec des facilités d’étude et d’exposition. Ainsi en est-il de la venue des Chinois Zao-Wou-Ki en 1948 et Chu-Teh-Chun en 1955. Tous deux, issus de la haute société chinoise, ils sont passés par l’école des Beaux-arts de Hangzhou, ville intellectuelle, admirée en son temps par Marco Polo. Ils y apprennent les bases du dessin et de la peinture, découvrent de grands artistes comme Cézanne, Matisse ou Picasso par livres interposés et photos en noir et blanc. Leur premier réflexe, une fois à Paris est de se précipiter au Louvre. Ils dessinent des nus à la grande chaumière et suivent des cours de français par l’Alliance française, tout en se liant avec de nombreux artistes ou poètes.

Si la peinture de ces deux peintres est l’expression de deux cultures, Lydia Harambourg (*) indique une différence fondamentale entre Orient et Occident : « Alors que le peintre occidental décrit un paysage, l’Oriental partage sa dimension cosmique ». Le peintre chinois dévide les fils de sa vision. « Le tao enseigne qu’il faut éprouver physiquement le monde, en rupture totale avec l’illusionnisme pictural. La toile est le terrain où affleure la peinture comme lien mémoriel. Chu- Teh -Chun emmène avec lui l’espace mental que lui ont appris les maîtres Song », dit-elle. L’Occident des années 1950 retrouve avec le recours aux signes et la généralisation de l’abstraction le principe des calligraphes chinois.

Lydia Harambourg met en évidence les étapes et influences successives, déterminantes pour Chu-Teh-Chun. Cézanne pour les notions d’espace et de lumière, Nicolas de Staël pour la construction de la toile et enfin Rembrandt pour le contraste du clair-obscur. Chu-Teh-Chun expose pour la première fois en 1958. « Sa peinture devient le lieu de toutes les plongées comme des ascensions et la surface est appréhendée comme un espace poétique […] Il infléchit son acte pictural en expression spirituelle ». Ce n’est qu’en 1987 qu’il pourra retourner en Chine pour y exposer. En 1990, disposant enfin d’un atelier, il fait de grands formats. Depuis 2009, le peintre, très âgé et malade, ne peint plus.

À la différence de Chu-Teh-Chun, Zao-Wou-Ki s’est beaucoup exprimé sur sa peinture. Ainsi, il mentionne ceci : « Picasso m’avait appris à dessiner comme Picasso mais Cézanne m‘a appris à dessiner la nature chinoise » ou encore « ce qui est abstrait pour vous est réel pour moi », à propos de sa première peinture abstraite « Vent » (1954).

Il peint à main levée à plat ou en hauteur. Pour lui : « Le flou, lointain reflète l’esprit de contemplation. Il donne à voir le monde où haut et bas, loin et près se confondent ». Bien vite, Zao-Wou-Ki cesse de donner des titres à ses œuvres, l’état d’âme d’une œuvre devant suffire. Ces deux artistes ont également en partage une certaine spiritualité et l’amour de la musique. « Dans l’œuvre de Zao-Wou-Ki, le ciel prendra de plus en plus d’importance, ses tons deviendront de plus en plus doux et son écriture de plus en plus fine. Sa peinture, très évanescente, presque insaisissable, invite à un voyage en esprit. Il ne faut pas que le tableau soit l’illustration d’une anecdote. Ce qui compte, c’est le rythme ».

Enfin, à propos de la démarche très spirituelle et intellectuelle de ces deux artistes, une citation du franco-chinois François Cheng à méditer : « Le vide est le lieu par excellence où s’opèrent les transformations, où le plein serait à même d’atteindre la vraie plénitude »

L.L.

(*) Auteur d’un dictionnaire des peintres de la Nouvelle École de Paris.

Article paru dans les DNA du 29 avril 2011.


Un art pour se ressourcer

février 14th, 2011 Commentaires fermés

Un atelier de calligraphie organisé par Arts et cloître a permis de conjuguer plaisir, découverte et approfondissement en réunissant tous les âges. Une heureuse initiative, autour d’un art du patrimoine qui vaut le détour.

De 12 à 85 ans, hommes et femmes, tous et toutes se sont pliés à l’exercice de la plume avec enthousiasme. Certains débutaient, d’autres étaient plus avancés dans leur connaissance de l’onciale.

L’alphabet oncial a permis de sauvegarder la culture classique par le biais des monastères en transmettant livres et dogmes. Il s’impose dès le IV e siècle comme l’écriture de prédilection des ouvrages de luxe et des textes sacrés jusqu’au XII e siècle. Les Chartreux avaient une bibliothèque réputée et étaient astreints au travail manuel comme le voulait la règle. Pas un bruit.

Le but était de découvrir ou de retrouver les gestes que le moine chartreux avait effectués au monastère de Molsheim durant près de deux siècles (1598-1792). Que ce soit le contenu ou la méditation procurés par la technique de la calligraphie, tous ont mis en avant le fait qu’ils se faisaient plaisir. « Cela m’apporte une paix incroyable, l’ambiance est feutrée, l’accueil chaleureux, ce qui permet de bien travailler », a expliqué l’une des participantes. « C’est très calme, on progresse à son rythme », a ajouté une autre. « J’en avais déjà fait tout seul chez moi, j’ai le temps de me perfectionner durant ma retraite », mentionne un dernier. Un quatrième, féru de généalogies et de recherches historiques, lit le fraktur (ancien allemand du Moyen-Âge) et souhaiterait pouvoir en apprendre la graphie. Enfin, le point commun à tous, c’est de ne plus être fatigué et d’avoir chassé tout stress. Un conseil d’ancien : « Il faudrait proposer aux jeunes de faire de la calligraphie, ils seraient plus calmes et ne traîneraient plus dans les rues, il y aurait moins de délinquance », conclut-il malicieusement.

L.L

Article paru dans les DNA du 12 février 2011.

Un art de vivre créatif

octobre 3rd, 2010 Commentaires fermés

Un atelier d’ikebana, art floral japonais, organisé par l’association Arts et cloître a eu lieu au caveau de la Chartreuse et a enthousiasmé les nombreux participants, venus de différentes communes du Bas-Rhin.

Ono no Imoko, ambassadeur japonais fut envoyé par l’impératrice en Chine au VIe siècle. Devenu le prêtre Senmu, il fut le premier au Japon à codifier l’art floral. Si cet art concernait plus particulièrement les hommes et les moines bouddhistes, sa pratique s’est aujourd’hui élargie sans en exclure quiconque.

A l’opposé de la surabondance

Dix participantes provenant de Breuwickersheim, Westhoffen, Geispolsheim, Mutzig ou Molsheim s’y sont exercées avec grand plaisir sous l’œil vigilant de sœur Sabine, franciscaine du couvent de Reinacker. Formée à l’art de l’ikebana en Allemagne auprès du frère bénédictin Willigis, elle continue toujours à se perfectionner. Lors de l’atelier, certaines avaient l’habitude du fleurissement des églises, d’autres non. Pour toutes, c’était un moment de plaisir créatif et pour certaines une découverte de la chartreuse.
L’une d’entre elles, d’abord hermétique à l’art floral japonais a trouvé cela passionnant : « la feuille ou la fleur exprime plein de choses sans modèle à dupliquer, en réalisant sa propre création » C’est aussi très technique selon le type de bouquet envisagé au cours de la journée : shoka, moribana ou rikka. « Cela permet aussi d’offrir une composition à quelqu’un ». Enfin, c’est surtout la sobriété de cet art qui séduit les créatrices : « la possibilité d’exprimer avec peu et avec le vide ,à l’opposé de la surabondance de notre société ou encore la relation entre le ciel, l’homme et la terre. Tout est symbolique et mis en valeur ».
Ceci dans une très bonne ambiance, conviviale et amicale qui a donné envie de recommencer dans quelque temps le même genre d’atelier pour s’y perfectionner !

L.L

Article paru dans les DNA du 3/10/2010