Prochaine conférence d’Arts et Cloître: samedi 25 mars 2017 à 16h30 au caveau de la chartreuse de Molsheim

mars 6th, 2017 § Commentaires fermés sur Prochaine conférence d’Arts et Cloître: samedi 25 mars 2017 à 16h30 au caveau de la chartreuse de Molsheim § permalink

Goudji dans son atelier © Marc Wittmer

Goudji, orfèvre reconnu dans le monde entier pour son art du métal et son inspiration poétique, est né  à Batoumi (Géorgie) en juin 1941. Très jeune, il rêve d’être orfèvre, ce qui est impossible en Union soviétique. Arrivé à Paris en janvier 1973, après son mariage avec Catherine Barsac, il peut enfin faire aboutir son rêve en créant des bijoux. Remarqué par François Mathey, inspecteur général des Monuments historique puis par le galeriste Claude Bernard, il acquière assez rapidement une notoriété. Grace à François Mathey, il crée une première œuvre liturgique en 1986 pour une exposition d’art sacré de l’abbaye de l’Epau, une cuve baptismale, puis un calice pour le festival Magnificat de Paray le Monial. L’œuvre liturgique de Goudji est lancée. C’est ensuite le magnifique chantier de Chartres suivi par bien d’autres jusqu’à aujourd’hui.

Reliure de l’évangéliaire du monastère bénédictin d’Abu Gosh (Jérusalem)
© Marc Wittmer

Bernard Berthod, conservateur du musée d’art religieux de Fourvière et consulteur émérite de la Commission pontificale pour les Biens culturels de l’Eglise, est spécialiste de l’art liturgique. Il évoquera le parcours artistique de Goudji, sa maîtrise du métal et des pierres, son œuvre liturgique présente dans les cathédrales et monastères de France et au Vatican et la manière dont il a renouvelé le regard des fidèles sur les objets liturgiques.Il donnera une conférence sur ce thème : « Goudji, un orfèvre inspiré, de la  matière à la contemplation » samedi 25 mars de 16h30 à 18h au caveau de la chartreuse de Molsheim.

Entrée libre, places limitées, réservation conseillée au 03 88 47 24 85.

L’art contemporain face au silence

février 5th, 2017 § Commentaires fermés sur L’art contemporain face au silence § permalink

 

Invitée des conférences arts et cloître, Valérie Buisine, docteur en théologie (*) a choisi en contraste avec la vacuité de certaines toiles, l’œuvre de cinq artistes contemporains inspirés par la rencontre le silence ou la contemplation.

Aujourd’hui, l’art contemporain recèle le pire comme le meilleur. « Il est presque provocateur de penser que l’on puisse trouver un art capable de faire silence par rapport à un monde bruyant et plein d’images. Un art qui créerait une rencontre du dedans et une quête existentielle », introduit Valérie Buisine. C’est pourtant le cas de l’œuvre de Soulages et de Rothko. Le premier utilise un noir total, le second joue avec la couleur, tous les deux sont assez minimalistes dans leur art.

« L’art de Rothko répond à un monde encombré »

« La texture de Soulages était devenue un piège à lumière. Il travaille le brou de noix, le goudron. Et pourtant la picturalité a provoqué ses premières émotions avec un lavis, femme à demi couchée de Rembrandt du British Museum. Conques est aussi le lieu de ses premières expériences artistiques à cinq ans ». Son œuvre incite au silence et à la contemplation pour rencontrer la vraie lumière. C’est une expérience à la fois physique et métaphysique. « La toile qui ne renvoie à rien renvoie au moi de chacun », ajoute la conférencière.

Comme le dit Michel Butor, « l’art de Rothko répond à un monde encombré ». Le spectateur est saisi par l’atmosphère colorée de ses toiles où il superpose des frottis de couches successives comme des voiles colorés avec des bords floconneux. « Il a le désir de créer un vibrato de la couleur comme il en existe pour la musique », analyse Valérie Buisine. « Le silence de ses tableaux est juste. Il invite à la contemplation, la vue se perd dans la couleur, dans un au-delà du soi et du visible. Le but de Rothko est que son œuvre provoque un tremblement de l’être ».

Fabienne Verdier a séjourné dix ans en Chine. Maître Wong lui dit : « tu es entrée en peinture comme d’autres artistes entrent en religion ». Elle met en œuvre le souffle, l’influx. Le geste est fait d’intensité et d’épaisseur. Elle achète et crée des pinceaux et fait toute une recherche sur la puissance du trait. Elle cherche aussi à mettre dans ses œuvres les mouvements de l’âme, que seul le silence favorise.

Le vidéaste Bill Viola travaille aussi sur le silence et la contemplation. Son ascension sous-marine est spectaculaire. Un homme plonge les bras en croix. Il sombre puis remonte. Viola est préoccupé par la souffrance, la renaissance. Dans le cas de cette vidéo, on prend le temps de la rencontre, du silence et de la contemplation en faisant une expérience incroyable et forte.

Enfin, Anthony Mac Call, cinéaste avant gardiste anglais sculpte l’immatériel entre visible et invisible. Il ajoute : « chacun apporte ce qu’il veut dans mes œuvres » Tous vont droit à l’essentiel : « ce vide du trop-plein du monde ouvre un espace du dedans libre et serein. »

(*) à l’université de Lille

L.L

Article paru dans les D.N.A. du 08/03/2017

Une remarquable commande de vitraux

janvier 5th, 2017 § Commentaires fermés sur Une remarquable commande de vitraux § permalink

Le frère Pascal Pradié (*) a su avec talent, perspicacité et sensibilité, resituer dans leur contexte culturel, artistique et spirituel les vitraux des frères Linck, joyaux de la chartreuse de Molsheim.

« Lorsque Strasbourg passe à la Réforme, les chartreux de Koenigshoffen ne trouvent rien de mieux que de se mettre sous la protection de la municipalité qui, très vite, leur interdit de dire la messe et de recruter d’autres moines jusqu’à la destruction de la chartreuse de Strasbourg avec l’emprisonnement des moines en 1591. » En 1597, cinq moines s’installent à Molsheim, terre épiscopale où de nombreux ordres religieux trouvent refuge face à Strasbourg passé au protestantisme.

«C’est une relecture de la foi chrétienne de façon plus humaine»

Le chapitre de la grande chartreuse va autoriser la construction d’une chartreuse à Molsheim intra-muros (1598-1792). En 1614, le grand cloître est construit ainsi que les premières cellules. « Si la chartreuse de Molsheim est bâtie selon un plan très simple comme la chartreuse de Portes, elle est tout à fait « au goût du jour » avec la commande de vitraux pour le cloître. Ces vitraux appartiennent au type du vitrail suisse, de la fin du XVe siècle, de petite taille à inclure dans de grandes verrières en verre blanc », indique le conférencier.

Les donateurs des fenêtres du cloître dont les armoiries apparaissent en bas des vitraux venaient de tous les milieux de l’Alsace. Lors des inventaires successifs réalisés, on dénombre d’abord 114 vitraux (Jean-André Silbermann) puis 95 vitraux en 1790 puis 89 en 1796. Et enfin en 1840, 77 vitraux sont présentés au musée archéologique de Strasbourg. A cette date-là, 37 vitraux ont donc disparu. Tout un marché de collectionneurs se fait jour. Il n’est donc pas impossible que d’autres vitraux puissent être retrouvés. Le prieur Jean-Ulrich Repff fait appel aux frères Laurent et Barthélemy Linck, très en vogue pour réaliser ces vitraux de 1621 à 1631. Cette commande s’inscrit dans un contexte particulier, « celui du mouvement spirituel de la « devotio moderna » qui se développe dans toute l’Europe dès la fin du XVème siècle. C’est une relecture de la foi chrétienne de façon plus humaine, plus intérieure et personnelle, remettant à l’honneur le silence, la solitude et la contemplation. »

Rappelons que les chartreux, ordre fondé par saint Bruno sont à la fois ermites et vivent en communauté. Les vitraux représentent selon Pascal Pradié depuis le nord, l’est jusqu’au sud du cloître : des saints (4), des armoiries de bienfaiteurs (15), des scènes de l’Ancien Testament (13), des scènes du Nouveau Testament (46) et des scènes de vie d’ermites (36). Un seul vitrail du cloître de la chartreuse est conservé au musée de Molsheim, celui de la crucifixion.

La série des ermites

Le conférencier va s’intéresser à la série des ermites plus originale en quelque sorte. Dans ce contexte spirituel, l’artiste flamand Martin de Vos, plus connu pour ses peintures, s’est orienté vers des dessins d’une série d’ermites gravée par Jean et Raphaël Sadeler. Ils ont publié cinq recueils de 30 planches gravées d’après les dessins de de Vos en 1585-86 à Cologne et le conférencier montre, planches à l’appui combien ces planches ont inspiré les vitraux du cloître de Molsheim. Peut-être même que les chartreux avaient ces recueils dans leur bibliothèque. Ces vitraux sont peints sur verre avec des parties colorées et cuites au four préalablement. L’architecture sous forme de colonnes est très présente dans ces vitraux qui, ouvrent comme une fenêtre, avec au premier plan une scène de vie d’ermite (saints Spiridion, Onuphre, Lucius, Marin,…) comme dans les 4 vitraux du château d’Eberstein provenant de Molsheim et s’achèvent avec un paysage varié à l’arrière. A partir de visuels des paysages couplant les gravures et les vitraux connus, Pascal Pradié a réalisé un rapprochement mettant en valeur la proximité des motifs avec les gravures de Sadeler mais aussi l’influence des Flamands pour le paysage, notamment à Venise où fleurit une école néerlandaise vénitienne. Avec deux maîtres dans ce domaine, Paul Bril et Pauwels Franck.

Pascal Pradié formule l’hypothèse « selon laquelle les frères Linck auraient pu s’inspirer du graveur Mathieu Merian (1593-1650) et de ses nombreux recueils. Ils semblent avoir gardé une entière liberté dans le paysage avec leurs origines suisses. Et le prieur de Molsheim a dû leur laisser carte blanche car ils ont introduit des ermites qui ne faisaient pas partie de la dévotion cartusienne. Ils vont donner une véritable nouveauté au vitrail par la vie érémitique en montrant la vie des ermites solitaires. Ce qui aura une influence certaine à l’époque. »

Ainsi Guillaume V fera construire des ermitages pour ses courtisans en Bavière. On trouve également dans les cabinets de curiosités des représentations de pères du désert (celui de Vannes). Soixante-six panneaux réalisés par les frères Link pour Molsheim reprennent des dessins de de Vos et des gravures de Sadeler. Il s’agit là d’une commande et d’une œuvre vraiment exceptionnelle à plus d’un titre, transférée ensuite à Strasbourg à la bibliothèque du Temple et qui pour la plupart périt dans l’incendie de 1870. Certains privilégiés comme Goethe ont pu apprécier la beauté de ces vitraux un siècle avant lors d’un passage à la chartreuse de Molsheim. Un énorme travail qui renouvelle la question et mériterait une publication.

(*) Pascal Pradié est responsable de l’atelier de restauration de l’abbaye de Saint-Wandrille.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 14/02/2017

 La photo du vitrail qui accompagne l’article est de Grégory Oswald, conservateur du musée de la Chartreuse de Molsheim, que nous remercions.

*** Bonne année 2017 ***

janvier 2nd, 2017 § Commentaires fermés sur *** Bonne année 2017 *** § permalink

Dire le monde et lui donner sens

décembre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Dire le monde et lui donner sens § permalink

Invitée des conférences Arts et cloître, Karima Berger, présidente d’Écritures et Spiritualités et écrivain, est venue parler d’Etty Hillesum à travers le dialogue noué avec elle par-delà le temps dans son livre Les Attentives.

Que peuvent se dire une jeune femme hollandaise des années 1940 et une Marocaine ou Algérienne d’aujourd’hui ? Karima Berger, invitée des conférences Arts et cloître début décembre, a toujours été intéressée par la rencontre avec l’autre et par la diversité des cultures. À la maison, elle parlait l’arabe, à l’école le français. « Cette diversité de deux mondes a instillé dans mon tréfonds une grande curiosité. J’ai vécu en Algérie jusqu’à l’âge de 25 ans puis je suis venue en France faire mon doctorat. Le 11 septembre a été pour moi un vrai traumatisme. À un moment où je cherchais ce qu’était qu’être musulmane et libre, j’ai lu Etty. »

Croire, c’est un bonheur

En trois ans, Etty Hillesum, jeune juive décédée à Auschwitz qui vécut à Amsterdam dans les années 1940 a fait un parcours spirituel et humain d’une grande intensité. « Elle avait une pensée du divin extraordinaire. Croire, c’est un bonheur, une joie, pas quelque chose d’enfermant. » Pourtant, au départ, elle ne connaît rien de sa religion juive et n’a eu aucune éducation spirituelle. En rencontrant son amant Spier, elle va découvrir la question du divin et travailler aux conseils juifs pour « aider » les prisonniers juifs du camp de transit de Westerbork. À un moment donné, les règles se durcissent et elle devra cesser ses allers-retours pour choisir d’être là avec les familles à Westerbork. Elle dit : « Je suis là pour être. » Elle va leur instiller une étincelle divine sans en avoir l’air. On le sait car elle avait donné à une amie ses carnets et elle rêvait d’être poète.

Karima Berger explique le parcours de vie d’Etty Hillesum en quelques mots avec beaucoup d’émotion.

« Le vide est un lieu hautement spirituel »

La jeune hollandaise avait au-dessus de sa table de travail une petite photo d’une Marocaine. Karima Berger redonne voix à celle-ci. Au-delà des années et des différences culturelles, elles cherchent toutes deux à dire le monde et à lui donner sens. Karima Berger le fait par l’art et l’écriture. L’art est le fondement même de l’altérité et l’écriture permet de faire le détour par l’autre. Etty traduisait du russe, de l’allemand, du néerlandais. Elle avait même un coran. La conférencière insiste sur le fait que « le vide est nécessaire pour faire advenir Dieu parce qu’il permet une écoute au-dedans de soi ». « Le musulman prie devant une niche vide, cela permet la prière de chacun et sa singularité. Le vide est un lieu hautement spirituel comme le cloître est un lieu de prière et de méditation. » Une autre façon de découvrir Etty Hillesum qui était aussi une grande amoureuse de la vie.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 31/12/2016

Toute peinture est une poésie muette

novembre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Toute peinture est une poésie muette § permalink

Conférence à deux voix sur Vermeer et Proust donnée par Sylvie Bethmont et Robert Churlaud. La première est historienne de l’art et graveur, le second, professeur de littérature. Regards croisés pour un exercice subtil et tout en finesse.

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La peinture de Vermeer est à elle seule une source de vie silencieuse, de rencontres et de contemplation. On a du mal à comprendre comment ce peintre magnifique pût tomber dans l’oubli après sa mort.

En effet, la Vue de Delft , toile la plus célèbre du Mauritshuis à La Haye, fut à l’origine de la redécouverte de Vermeer par le Français Thoré-Bürger qui se déclara « enchanté et ravi » lorsqu’il la vit pour la première fois. C’est en visitant le musée de La Haye en 1842 qu’il découvrit la Vue de Delft , avec le nom de Vermeer figurant dans le catalogue, nom qui lui est inconnu. Dans une série de trois articles publiés en 1866 dans la Gazette des beaux-arts, il a fait le récit de sa redécouverte de Vermeer. Ce paysage peint par l’artiste en 1660 est unique dans son œuvre puisqu’il s’agit du seul tableau, avec La ruelle , où il nous montre une scène de la vie se déroulant à l’extérieur.

Le plus beau tableau du monde

Proust considérait la Vue de Delft , vu lors de la rétrospective des tableaux de Vermeer comme le plus beau tableau du monde. « Enfin, il fut devant le Vermeer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. » Dans son roman La prisonnière , l’écrivain fit même mourir son héros Bergotte d’une indigestion de pommes de terre en pleine contemplation du tableau et de son fameux « petit pan de mur jaune ». Et il lui fait dire : « C’est ainsi que j’aurai dû écrire. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. »

Dans le milieu hollandais protestant, Vermeer est l’un des rares à s’être converti au catholicisme dès l’âge de vingt ans, au moment de son mariage et à le demeurer. Il est réputé au XVIIe siècle pour être un maître en perspective. Malgré ses commanditaires, Vermeer conserve sa liberté. Mais qu’en est-il du mystère de ces tableaux ? « Chez Vermeer, le sujet et l’expression ne font qu’un. Vermeer nous pose des énigmes, il n’est pas captif des conventions habituelles, » indique Sylvie Bethmont.

Vermeer « peint avec des couleurs qui ont le velouté des scènes de Proust. »

Jean-Louis Vaudoyer, ami de Proust, « goûte la succulence de la matière et de la couleur chez Vermeer ». Il a eu beaucoup d’échanges épistolaires avec Proust. « Vermeer, c’est Proust peut-être », se demande Sylvie Bethmont. Malgré tout, deux univers distincts se font face : celui de Bergotte et celui de Vermeer. « La dimension spirituelle est présente étonnamment chez Proust à travers cette céleste balance, chargeant sa propre vie », mentionne la conférencière. Proust écrit la nuit dans le silence. André Maurois dit de Vermeer « qu’il peint avec des couleurs qui ont le velouté des scènes de Proust ». Vermeer ouvre le regard sur le monde entier même si très justement « la peinture de Vermeer est fine et floue », comme le mentionne Daniel Arasse. Il peint selon les principes de la camera oscura en poussant la logique de cette optique jusqu’à l’absurde : des petites taches blanches sont présentes sur ses tableaux. Le rendant assez proche de ce point de vue des impressionnistes, contemporains de Proust.

« Le style n’est pas une question de technique mais de vision. L’art véritable n’a que faire de tant de proclamation et s’accomplit dans le silence. »

« Chez Vermeer, elle résulte d’un jeu magnifique entre les allégories réelles et les allégories cachées (allégorie de la foi, de la peinture…), sa peinture est une description toujours renouvelée de la réalité, une poésie muette. La peinture est “cosa mentale” », ajoute Sylvie Bethmont.

À son tour, Robert Churlaud donne à entendre Proust autrement. Il invite à rentrer « dedans », à lire la prose de l’auteur à haute voix en la contemplant. Les épisodes de la petite madeleine, du coquillage et de la tasse de thé permettent d’entrer dans cet univers à part. Car, dit-il « la peinture et la littérature servent à nous rendre heureux ». « Le style n’est pas une question de technique mais de vision. L’art véritable n’a que faire de tant de proclamation et s’accomplit dans le silence. » Il fut difficile ensuite de rajouter autre chose sinon que l’auditoire n’a eu qu’une envie : redécouvrir Proust et sa prose. Et bien sûr les splendides univers de Vermeer.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 24/12/1016

 

Une église particulière : un édifice culturel remarquable

octobre 21st, 2016 § Commentaires fermés sur Une église particulière : un édifice culturel remarquable § permalink

Dans le cadre des 10 ans d’Arts et cloitre et des 410 ans de la pose de la première pierre,par Grégory OSWALD, conservateur du Musée de la Chartreuse, a donné samedi 15 octobre au caveau de la chartreuse, une conférence sur le thème « L’église de la Chartreuse de Molsheim : un édifice disparu du XVIIe siècle ». Elle a permis de resituer et comprendre l’importance et l’originalité de cet édifice au sein de la chartreuse.

 

Les travaux de l’église commencèrent en 1606. Le 2 septembre, l’évêque suffragant Adam Peetz bénit les fondations et posa la première pierre, sous le maître-autel. Au cœur de la vie spirituelle des Chartreux, l’église conventuelle occupait symboliquement le centre du cloître et communiquait directement avec lui, ainsi qu’avec la maison du prieur.  Elle se distinguait par ses proportions (38 m de long sur 12 m de large), mais construite selon un plan très simple, elle comprenait une nef unique qui débouchait directement sur le « chœur des pères », de même largeur, terminé par une abside à cinq pans.

chartreuse-de-molsheim-statue-de-saint-bruno_modifie-1_arts_et_cloitre2Édifiée de 1606 à 1610 par l’architecte Ulrich Tretsch, bourgeois de Rosheim, l’église de la Chartreuse ne fut consacrée qu’en 1614. Ornée de nombreux tableaux, elle connut à la fin du XVIIe siècle, une importante campagne de décoration, marquée par la rénovation du chœur des pères et la mise en place de boiseries. Un siècle plus tard, en 1769-1770, le sculpteur Mathias Faller réalisa plusieurs autels pour le couvent de Molsheim, dont certains sont encore visibles actuellement (autels à Bernardvillé et à Obernai). Malheureusement, gravement endommagée par un incendie le 23 novembre 1791, cette église a servi de carrière municipale, pour définitivement disparaître en 1797.

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Aujourd’hui, plusieurs dessins et gravures des XVIIe et XVIIIe siècles nous permettent d’esquisser les grandes lignes de cet édifice culturel remarquable. Bien plus, de nombreux vestiges architecturaux découverts récemment (lors des différentes campagnes de la restauration du cloître) offrent un nouveau regard sur l’architecture de l’église. Enfin, son mobilier intérieur et son évolution peuvent être esquissés à travers les statues et boiseries qui ont été épargnés par les disparitions et les incendies de l’époque révolutionnaire.

 

P.S. deux images : l’une représentant la chartreuse de Molsheim en 1744, l’autre est une statue de St Bruno provenant du Maître -autel de la  chartreuse de Molsheim, exceptionnellement présente durant l’exposition au Musée de la chartreuse jusqu’au 16 octobre.

Ecoutez en exclusivité l’interview de Gregory Oswald sur RCF:

Une Création récréative et méditative

octobre 20th, 2016 § Commentaires fermés sur Une Création récréative et méditative § permalink

Comme un point d’orgue dimanche après les nombreuses festivités des dix ans d’Arts et cloître, une remarquable création musicale a été donnée dans le cloître par le compositeur Maurice Lanoix, huit chanteurs, quatre instrumentistes et trois lecteurs. Conçue comme une série de miniatures, elle a donné à méditer sur la spiritualité des chartreux mais a aussi réjoui le public venu nombreux par la variété, l’humour et la créativité de l’ensemble.

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A l’origine lorsque la demande d’une création musicale lui fut adressée fin 2015, Maurice Lanoix n’avait aucune idée de ce qu’il allait composer. Puis très vite, l’idée fut d’illustrer musicalement des textes de son choix parmi ceux choisi par le comité, présidé par Laurence Levard. « Compte-tenu de leur nombre, il n’était pas question de développer longuement chaque thème composé. Aussi, l’idée d’œuvres très courtes a surgi comme autant de petits tableaux    d’une exposition. »

La musique fut prête en novembre. Il fallait réunir les musiciens : Jean Schweblin au violon, Véronique Dietrich au violoncelle, Michèle Leichtnam à la flûte traversière et André Ledig à la clarinette. Puis trouver les chanteurs. Marie-Hélène Lorentz et Sabine Stouvenel comme soprano ; Cathy Gilmann et Nathalie Kowes-Gast comme alto, Frédéric Karcher et Maurice Lanoix comme ténor, Dominique Bergeret et Jean-Pierre Coué comme basse. Puis trois lecteurs furent nécessaires : Jacqueline Engel, François de la Vareille et Suzanne de Damas.

Une ambiance restituée par les textes, la musique et les choeurs

Chaque miniature traduit une ambiance restituée à la fois par les textes, la musique et les chœurs changeant au fil des siècles, plus stricte au temps de Saint-Bruno, plus harmonieuse ensuite.

A partir de thèmes différents : la Création, Saint-Bruno, le désert, la rencontre, les jardins, la clochette, le silence, Marie, les béatitudes et les louanges, elles empruntent à plusieurs époques mais restent toujours accessibles et récréatives. Un canon de deux voix de femmes soutenue par la clarinette matérialise l’eau vive.

Dans les jardins, bourdonnent les insectes et s’égosille un merle, traduits notamment par la flûte et quelques instruments à cordes. La clochette en tintant permet d’unir la vie d’ermite et la vie communautaire en faisant cesser aussitôt son activité au moine pour passer à la suivante selon la règle des chartreux. Elle est rendue avec beaucoup d ‘humour par le son d’une véritable petite cloche et se fait proche de l’auditoire. Elle impulse le rythme au quatuor instrumental. Dans les béatitudes culminent toutes les voix qui donnent leur pleine mesure ainsi que dans les louanges finales.

Enfin, un dernier cadeau est fait à l’assemblée avec un Ave Maria créé tout exprès pour trois voix de femmes, violon et violoncelle. Une création remarquable, et un concert sous le signe de la générosité. L’association Arts et cloître a ensuite partagé avec tous un verre de l’amitié autour d’un gâteau d’anniversaire pour fêter ces 400 + 10 ans, en présence du député -maire Laurent Furst.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 20/10/2016

**La photo est publiée avec l’aimable autorisation de Gérard ANDLAUER que nous remercions**

Saint Bruno vu par les chartreux

octobre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Saint Bruno vu par les chartreux § permalink

Nathalie Nabert a donné une conférence très éclairante sur la figure de Saint Bruno dans la tradition des chartreux pour les dix ans d’Arts et cloître et les 410 ans de la pose de la première pierre de l’église de la Chartreuse.

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Si nous connaissons peu de chose sur Saint Bruno, qu’en disent les sources historiques, littéraires et spirituelles ? D’abord, que « lorsqu’il se retire du monde, cela n’a rien à voir avec un projet de fondation d’un ordre de sa part. Il est la marque d’un appel intime à la solitude et à la paix. Bruno, après son retour d’exil et la déposition de Manassès par le pape, ne souhaita pas reprendre sa chaire à l’école cathédrale, ni son titre d’écolâtre, ni sa charge de chancelier et encore moins remplacer l’archevêque déposé », précise Nathalie Nabert (*).

Il a besoin de se mettre à l’écart du monde à plus de 52 ans, à une époque où l’on est déjà considéré comme vieux. Ensuite, il se rend près de Troyes, à Sèche-Fontaine avec deux compagnons, Pierre et Lambert. Ils mènent tous les trois une vie d’ermite avec l’accord de l’abbé de Molesmes. Ils sont nombreux à y affluer et le rattachement au monastère et à la vie communautaire s’impose. Ce qui fait fuir Bruno avec six compagnons, vers 1083, désireux de poursuivre une véritable vie d’ermite.

Solitude et silence dans la Chartreuse

La direction de Grenoble est prise car le saint évêque Hugues est un ancien élève de Bruno et il leur attribue une terre désertique dans le massif de Chartreuse. La charte de donation des terres est ratifiée le 9 décembre 1086. « À la manière des anciens moines d’Égypte, ils habitent constamment des cellules isolées où ils ne cessent de s’adonner au silence, à la lecture, à l’oraison et au travail manuel, surtout à la copie des livres. » « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience, » écrit Bruno à Raoul le Verd.

Ensuite, les seuls témoignages autobiographiques sur Bruno datent de 1096-1101 et donnent une piste de réflexion sur les modèles qui l’ont inspiré. Ces lettres sont rédigées depuis la Calabre où Bruno s’est retiré dans un ermitage après avoir servi quelques mois à Rome auprès du pape. Il s’agit de la lettre à Raoul le Verd inspirée de celle d’Héliodore du 4e siècle. Et de la lettre donnée à Landuin (1099-1100), prieur de la première communauté de Chartreuse pour exhorter au maintien de l’observance. La première s’inspire de saint Jean Chrysostome pour la description de la beauté de la nature, du deuxième livre des Dialogues de Saint Grégoire et surtout des conférences de Jean Cassien d’où il tire l’image de « l’arc tendu » pour désigner la vie spirituelle du solitaire. « Il résulte des analyses des lettres de Saint Bruno une quasi-ignorance sur les choix explicites de ses modèles de vie érémitique, sinon par assimilation des sources scripturaires et patristiques où semblent dominer les références aux figures contemplatives de l’Ancien et du Nouveau Testament comme Rachel, épouse de Jacob et Marie de Béthanie, sœur de Marthe, » indique la conférencière. Toutefois, Saint Bruno a eu connaissance du monachisme égyptien par l’intermédiaire de Cassien. Elle ajoute : « On peut estimer que c’est le regard extérieur des premiers témoins porté sur l’œuvre de saint Bruno d’une part, et d’autre part le travail de législation de Guigues 1er qui ont assumé la transmission de modèles de la vie érémitique des chartreux. »

Maître dans l’art de commenter les psaumes

Les titres funèbres et les éloges postérieurs laissent apparaître les mentions simultanées de Bruno passé maître dans l’art de commenter les psaumes et les Écritures et de Bruno, fondateur historique de l’ordre des Chartreux. Curieusement Bruno n’a pas été tout de suite après sa mort érigé en figure de saint malgré l’éloge des titres funèbres tandis que c’est le cas d’Hugues, évêque de Grenoble, encensé par les sources contemporaines. « Guigues 1er, cinquième prieur de Chartreuse est celui qui a donné les Coutumes et en quelque sorte la Règle aux chartreux. Bruno n’apparaît que tardivement. » En effet, la Mémoire de l’Ordre et l’hagiographie populaire édifient une légende autour de Saint Bruno, mort en 1101, dès 1298 pour culminer au 16e siècle, somme toute très tardivement.

(*) Doyen honoraire de la Faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris et directrice du CRESC (Centre de Recherches et d’études de spiritualité cartusienne).

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 27/10/2016.

 

Arts et Cloître : l’exposition se poursuit jusqu’à dimanche à la chartreuse

octobre 14th, 2016 § Commentaires fermés sur Arts et Cloître : l’exposition se poursuit jusqu’à dimanche à la chartreuse § permalink

L’exposition autour du thème « rencontres, silence et contemplation », se poursuit au Musée de la chartreuse de Molsheim jusqu’au 16 octobre. Elle réunit des œuvres très différentes par leurs approches et leurs supports de Rolf Ball, Pascal Meier et Bruno Rotival.

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Rolf Ball travaille depuis plus de vingt ans l’icône. Il avait alors exposé à la chartreuse. Son œuvre a beaucoup évolué entre-temps et s’inspire de cultures multiples. « A l’âge de 40 ans, Rolf s’embarque dans un cursus d’ethnologie à l’Université de Strasbourg, se spécialise dans les arts traditionnels d’Afrique et dans les expressions pariétales. Il écrit un mémoire sur l’art des Icônes byzantines, restaure en même temps des œuvres anciennes et avoue sa fascination pour les canons esthétiques rigoureux et les codes très stricts qui régissent l’art des icônes, » indique JF Ott. Ses œuvres portent à la rencontre avec l’autre et témoignent d’une joie et d’un émerveillement remarquables à travers un jeu de couleurs très vives qui restituent selon les couleurs une certaine perspective alors que l’icône traditionnelle pratique une perspective inversée.

Pascal Meier peint des enluminures avec une précision extraordinaire. A l’origine de son travail, il découvre en 1993 un livre d’Henri Stierlin, intitulé : « le livre de feu, l’Apocalypse et l’art mozarabe » qui le subjugue littéralement. Il est alors étudiant à l’école cantonale d’art de Lausanne. A cette époque, il était attiré par les arts hindous, bouddhiste, musulman et chrétien et l’art contemporain ne l’intéressait pas vraiment. En d’autres termes, il a une sorte de révélation en regardant les images du livre cité ci-dessus ; ironie du sort, il s’agissait de miniatures sur l’Apocalypse de St Jean. « Leur style quasi calligraphique et la franchise du trait ainsi que l’usage de couleurs saturées à l’extrême m’ont interpellé bien plus que le sujet traité pour lequel j’avais quelques réserves. Mais en mettant en parallèle les images de bien des Beatus mozarabes et le dernier texte de la Bible, je me suis aperçu qu’il y avait bien plus à dire que ce qu’on avait retenu de l’Apocalypse jusqu’à maintenant », précise-t-il. Son travail a commencé à partir d’une image du Hortus deliciarum, ouvrage du XIIe siècle, conservé quelque temps à la chartreuse de Molsheim. Bruno Rotival, nous donne à voir la vie des frères et pères chartreux dans leur monastère, ce que l’on ne voit pratiquement jamais puisque les pères vivent en silence et seuls dans leur cellule. Vingt-deux monastères de chartreux existent aujourd’hui dans le monde et vivent toujours selon la même règle. A chaque fois, il est précédé d’un moine qui lui ouvre la porte. Avec beaucoup de sensibilité, de discrétion, de pudeur et un vrai sens esthétique, il nous ouvre une petite lucarne sur le quotidien de leur vie, eux qui ont tout donné à Dieu. A découvrir avant la fermeture !

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 14/10/2016.