*** Voeux 2018 ***

janvier 9th, 2018 § 0 comments § permalink

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Prochaine conférence d’Arts et Cloître: samedi 20 janvier 2018 à 16h30 au caveau de la chartreuse de Molsheim

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Le temps ce grand sculpteur.

Mettre en œuvre une sculpture demande du temps. Temps du modelage, du moulage, de la taille ou de la fonte, sans compter le temps de la réflexion ou des hésitations de l’artiste. Mais le temps est aussi par lui-même un agent de la transformation de l’œuvre sculptée, temps long des siècles qui érodent la sculpture en extérieur et lui confèrent une dimension dramatique, temps plus court du séchage et de la dégradation d’une terre oubliée.

Masque d’Apollon de Bourdelle @Adam Rzepka, musée Rodin

Dès le XVIème siècle, personne, Michel-Ange y compris, n’avait osé toucher à certains fragments antiques, tels le Torse du Belvédère, jugé parfait, mais c’est seulement à la fin du XIXème siècle, avec Rodin, que la forme incomplète ou accidentée acquiert le statut d’œuvre aboutie. Le XXème siècle ne manquera pas de s’emparer ensuite de ce paradigme qui permet de faire du temps la quatrième dimension de la sculpture.

Antoinette Le Normand -Romain, conservateur général honoraire du patrimoine donnera une conférence sur ce sujet pour Arts et cloître samedi 20 janvier 2018 de 16h30 à 18h au caveau de la chartreuse de Molsheim : « le temps, ce grand sculpteur, inspirateur de Rodin, Bourdelle et Matisse » 

Entrée libre, places limitées.

Réservation conseillée au 03 88 47 24 85. Plateau à la sortie.

Pour écouter l’interview d’Antoinette Le Normand-Romain, suivre le lien suivant:

https://soundcloud.com/diocese-alsace/itw-laurence-levard-et-antoinette-normand-romain-pour-arts-et-cloitre-4

Le temps, notre allié ou notre pire ennemi?

novembre 24th, 2017 § Commentaires fermés sur Le temps, notre allié ou notre pire ennemi? § permalink

 

 » Vous avez du temps ? Moi … pas ! Du temps monastique au temps d’aujourd’hui. »  A travers un titre légèrement provocateur, cette conférence donnée  par Pascal Pradié, bénédictin de St Wandrille le 2 décembre 2017 au caveau de la chartreuse de Molsheim, nous a introduit dans le mystère du temps à travers les âges et l’art : clepsydre, sablier, calendrier solaire, horloge…

Une première partie plus historique d’un temps dominé par Dieu a abordé l’origine de son calcul et sa mise en pratique dans la vie monastique où tout le temps est unifié par le service divin.

La deuxième partie, davantage abordée comme le temps de l’homme, nous a montré comment le temps qui pourrait être notre grand allié a pu devenir notre pire ennemi, au point de remplir nos contemporains d’angoisse et de culpabilité. En bref, pourquoi n’avons nous plus le temps de rien … ni pour nous ni pour les autres ?

 

Au commencement était la fin.

novembre 1st, 2017 § Commentaires fermés sur Au commencement était la fin. § permalink

Une conférence sur la chapelle Chigi a permis une plongée dans l’iconographie de la Rome de la Renaissance grâce à une vision à 360 ° de la chapelle et aux compétences et savoirs d’un jeune chercheur en histoire de l’art, Florian Métral. Une immersion très réussie pour un public conquis. 

Grâce au mécénat des papes, avant et bien après le sac de 1527, Rome apparaît comme une ville fastueuse. Le pontificat de Jules II (1503-1513) est principalement connu artistiquement par la voûte de la chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange (1508-1512), par les premières Stanze de Raphaël et, bien sûr, par les réalisations de Bramante, ou encore le tombeau de Jules II de Michel-Ange pour l’architecture et la sculpture. Selon Roberto Longhi, la première décennie du Cinquecento devrait être divisée non pas en années mais en mois, tant sont élevés le nombre et la qualité des œuvres et des artistes, au cours de cette période. « La chapelle Chigi est d’une grande réputation et la plus visitée de Rome, » indique le conférencier Florian Métral, auteur d’une thèse sur l’iconographie de la Création à la Renaissance à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Emission d’une bulle papale

C’est l’une des six chapelles de l’Église Sainte-Marie-du-Peuple à Rome. Conçue par Raphaël au niveau architectural et pictural, elle  a pour but d’être la chapelle privée et funéraire de son ami et mécène, le banquier siennois Agostino Chigi. Lorsqu’il rachète la chapelle, en 1507, une bulle papale est émise « désirant par un échange fructueux que les choses terrestres deviennent éternelles. Chigi a racheté auprès de la papauté un bail pour exploiter des mines d’alun. Et peut ainsi financer les campagnes militaires des papes, notamment de Jules II » précise Florian Métral. Chigi, « adopté » par la famille du pape, peut joindre ses armes à celles des della Rovere, comme sur la devise du pavement de la chapelle : mors ad caelos (de la mort au ciel). Il mène grand train à la villa Chigi, devenue ensuite villa Farnésine. Il achète également la chapelle Santa Maria della Pace.

Le décor célèbre le passage du temps et l’histoire de la Création

Dédiée à la madone de Lorette, la chapelle Chigi a la forme d’un petit temple de forme carrée et circulaire avec dans les angles 4 niches avec des statues de prophètes. Des chapiteaux corinthiens, un tableau représentant plusieurs scènes dont la naissance de la Vierge, un bas-relief avec le Christ et Marie-Madeleine, des tombeaux hybrides entre la pyramide et l’obélisque, une coupole avec Dieu le Père, les anges et les astres, un tambour avec la représentation des saisons … Le lien entre les différentes parties et niveaux de la chapelle se fait par les mouvements des mains, impulsé par Dieu au centre de la coupole. Le programme décoratif de la chapelle célèbre la naissance et le passage du temps par un parallèle constant entre l’existence d’Agostino Chigi, banquier des papes et l’histoire de la Création du monde.

Vicissitudes du chantier

Raphaël ne travaille à la chapelle Chigi qu’en 1513, conçoit entièrement la coupole mais meurt en 1520. La femme d’Agostino Chigi s’attelle à la tâche mais décède avant la fin du chantier. La coupole et son tambour sont couverts de la mosaïque de La Création du monde exécutée par Luigi da Pace suivant les cartons de Raphaël, qui représentent les divinités planétaires et la sphère des étoiles fixes accompagnées des Anges dans huit panneaux et Dieu, le père au centre de l’oculus. Cette vision du cosmos correspond à celle de l’époque. « Evoquer la temporalité du jour est important car cela permet d’évoquer le temps qui passe. A partir du moment où Dieu crée les astres, on peut mesurer le cycle des jours et des nuits. On peut remarquer le contraste entre les dieux païens et les anges qui les surplombent. Pour Dante, les anges sont les moteurs des sphères. Ils se sont vus confier le mouvement perpétuel par Dieu, thèse reprise par St Thomas d’Aquin ».  Le tambour illustre la Création et le passage du terrestre au divin : les huiles sur le mur sont de Francesco Salviati, auteur du salon des ambassadeurs au palais Farnèse et s’inspirent fortement de Michel-Ange à la Sixtine. Les poses sont très maniéristes et contorsionnées Puis le chantier est repris par le frère d’Agostino qui le confie à Sebastiano del Piombo, rival de Raphaël !

« La chapelle n’ouvrira qu’en 1554 pour la première fois et à partir de cette période, l’héritage considérable Chigi, dilapidé par un descendant, a provoqué la vente de la villa aux Farnèse et les deux chapelles sont alors laissées à l’abandon ». Elle est  complétée par  Le Bernin plus d’un siècle après la mort de Raphaël en 1520 lorsque Fabio Chigi, est devenu le Pape Alexandre VII en 1655. Dès 1652, il est fait cardinal et engage le Bernin pour élargir les fenêtres du tambour, refaire les tombes et les portraits. Ainsi le Bernin exécute les statues d’Habacuc et de l’ange (figure de la récompense éternelle du croyant) et celle de Daniel en prières (figure de l’élu). Celles de Jonas(résurrection) et d’Elie (préfiguration de l’Ascension du Christ) ont été faîtes par Lorenzetto, élève de Raphaël. Malgré tout, « la chapelle Chigi demeure l’œuvre de Raphaël notamment au niveau architectural et iconographique » selon Florian Métral.

Tous les 8 septembre, une célébration est prévue dans la chapelle Chigi. « Cette chapelle a pour but de célébrer la destinée prochaine de l’âme du défunt qui rejoindra le royaume céleste. La pyramide est associée à l’élément du feu qui correspond à l’envol de l’âme retournant auprès du Créateur. » En somme un programme iconographique de premier ordre.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 13/01/2018

 

 

 

 

Pour écouter l’interview de Florian Métral, suivre le lien suivant:

https://soundcloud.com/diocese-alsace/itw-florian-metral-pour-arts-et-cloitre

Le peintre et l’histoire

octobre 3rd, 2017 § Commentaires fermés sur Le peintre et l’histoire § permalink

 

Pour la 12e saison d’Arts et Cloître, la peinture d’histoire au XIXe siècle en France était au programme avec la façon d’envisager l’instant et le temps pour constituer une mémoire. Une grande fresque dépeinte avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité par Jean-Jacques Danel, franciscain et historien de l’art.

La peinture d’histoire née au XVIIe « est le genre le plus prisé selon le peintre Félibien qui établit un classement pour l’Académie des Beaux-arts : sujets religieux, batailles ou scènes mythologiques. Louis XIV en a usé avec le succès que l’on connaît. » Elle permet peu à peu de se forger un référent national. Le conférencier montre une multitude de tableaux très variés dans leur approche du temps et la réalisation de l’image. C’est souvent le résultat d’une commande. Mais le temps est souvent distancié entre l’événement et sa représentation. La part de subjectivité de l’artiste y intervient comme parfois celle du commanditaire ainsi que les modes. Alors au final, comment lire une scène du XIXe  siècle sans se faire « manipuler » ? »

« Une manière habile de faire oublier les 25 000 morts de cette bataille ! »

« A la fin du XVIIIe  siècle, à la suite du comte d’Angevilliers, on va s’intéresser au patrimoine. C’est la naissance du néoclassicisme où l’on aime s’inspirer de faits anciens pour décrire une situation actuelle. »

Dans l’enlèvement des Sabines, David a insisté sur l’idée très moderne pour le XIXe  siècle des héros et des héroïnes. Les femmes ont permis d’éviter une guerre et favorisé une réconciliation entre les Romains et les Sabins. « Le tableau du sacre représente trois ans de travail, après l’évènement. Si Napoléon se couronne lui-même et Joséphine, les références sont romaines. Le peintre y était présent. Mais il y place la mère de l’empereur qui n’y était pas. Ainsi le rapport à l’histoire est bien différent d’aujourd’hui : c’est une représentation selon l’inspiration du peintre.

De même, le baron Gros peint Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa en 1804 après le sacre mais en choisissant de le placer au milieu de ses soldats, allusion au pouvoir du roi qui pouvait toucher les écrouelles. « Une façon de se légitimer et de s’inscrire dans une longue tradition. Le même peintre montre pour une commande officielle présentée au Salon le champ de bataille d’Eylau en insistant sur le geste de Napoléon en faveur des prisonniers russes. Une manière habile de faire oublier les 25 000 morts de cette bataille ! »

Le travail de journaliste de Géricault

Géricault dépeint aussi les officiers ou les cuirassiers comme des héros anonymes auprès de leurs chevaux qui se cabrent. Si David choisit de montrer Bonaparte en conquérant, Delaroche peint l’homme seul qui subit. « Le tableau des massacres de Scio de Delacroix où une famille attend la mort a eu une grande influence sur les romantiques. En effet, l’expression des visages ne suit plus celle du corps mais tient compte du ressenti, » ajoute le conférencier. Au salon de 1819, Géricault présente le radeau de la Méduse. Il prend un exemple contemporain à une époque troublée où l’on se cherche un nouveau héros après Napoléon et avant Louis XVIII. La Frégate « la Méduse » s’échoue avec 147 personnes à son bord. Quinze jours plus tard, quinze survivants sont récupérés par la frégate Argus. « Il y a eu des cas de cannibalisme et le personnage en responsabilité a été coopté par relation. En plus, Géricault représente en haut de sa pyramide humaine un esclave noir, tout ceci fait scandale. Il a pour ce tableau effectué un travail de journaliste en allant dans les morgues. Il veut montrer que l’homme est capable de trouver en lui la force d’aller plus loin hors du système politique ou religieux ».

Marat plus que la Bastille

Mais ce qui a compté dans l’histoire de notre pays est parfois très peu représenté par les peintres à l’inverse d’autres événements. Ainsi, « la prise de la Bastille, fait majeur pour notre République aujourd’hui a été très peu représentée en peinture. En effet, la Bastille ne fut défendue que par 5 invalides, puisque depuis Louis XVI, on n’embastillait plus. Et le 14 juillet ne devint le jour de la fête nationale que 100 ans après en 1880. »

Au contraire, le tableau de Marat assassiné réalisé par David fait référence à ce député républicain des montagnards qui fut à sa mort exposé nu avec un drap mouillé et sa blessure montrée à tous. « Marat est devenu avec David le nouveau martyr de la révolution. Pour renforcer cet effet, les tons sont froids, le corps livide, la blessure saigne, il tient dans sa main la lettre de Charlotte Corday ». Enfin, la Liberté guidant le peuple n’est pas envisagée par Delacroix comme une allégorie de la République : « j’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, » disait-il. « Le fait de représenter côte à côte les bourgeois et le peuple n’a pas plu sans compter les nombreux cadavres. L’image n’a pas convenu non plus aux révolutionnaires de l’époque, » précise J.J Danel.

L’Alsace et la Lorraine au pied de la croix

Enfin, il est frappant de voir à travers la peinture combien Napoléon III a fait la guerre à la seule fin de se montrer le digne héritier de Bonaparte. Pendant dix ans, les épisodes de la Commune n’étaient pas représentables. Certains tableaux font allusion à l’histoire alsacienne comme la bataille de Reichshoffen peinte par Aimé Morot. Enfin, le dernier tableau projeté d’Eugène Chaperon montre les vedettes, l’Alsace et la Lorraine au pied de la croix, côté prussien avec en face un cavalier français prêt à venir à leur secours. Et les morts eux aussi français se relèvent pour charger comme dans un film fantastique. La mémoire de la guerre de 1870 semble avoir été oblitérée dans la mémoire collective. Pourquoi ? Tous les peintres n’ont pas peint l’histoire. Certains comme les impressionnistes n’ont pas voulu ou pas pu le faire. Aujourd’hui, encore de quelle réalité tiennent compte les peintres aux armées ? Vaste question pour un sujet passionnant.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 05/11/2017

 

 

Plongée dans le temps et le chant

octobre 1st, 2017 § 2 comments § permalink

Un stage de chant grégorien, sous l’égide d’Arts et cloître et de l’association Organum, a eu lieu à la chartreuse de Molsheim d’après un manuscrit chartreux.

Venus d’horizons très variés, quatorze stagiaires se sont mis le week-end dernier à l’écoute de Marcel Pérès, grande figure du chant ecclésiastique et médiéval.

Régulièrement l’association Arts et Cloître organise des ateliers pour faire découvrir l’activité du moine chartreux. Après l’enluminure, le modelage, la calligraphie… le chant grégorien. Le moine chartreux se rend trois fois par jour à l’église de son monastère où il y prie avec les autres membres de sa communauté et chantent ou psalmodient. Certains participants venaient de Munich, de Tübingen, d’Offenbourg, de Paris ou encore de Lille mais les Molshémiens étaient là aussi. Tous étaient motivés par l’apprentissage du chant grégorien et du chant chartreux au contact d’une personnalité hors pair, celle de Marcel Pérès. Musicien, organiste, il est le fondateur du CIRMA (Centre itinérant de recherches sur les musiques Anciennes) à Moissac et participe à de nombreux enregistrements et concerts partout dans le monde. Son action a été couronnée par plusieurs prix. Les stagiaires et leur animateur ont découvert la chartreuse de Molsheim et sont tombés sous son charme. Le jardin médiéval implanté à l’emplacement de l’ancien réfectoire des moines a eu beaucoup de succès avec ses légumes ou espèces anciennes.

Une page en peau de mouton

Il fallut d’abord apprendre à lire la partition du manuscrit de la chartreuse de Liège, datant du XIVe siècle. Ce qui ne fut pas toujours simple même pour les plus aguerris. Le système de notation n’est pas encore fixé et lorsqu’une peau de mouton constitue la page rare, non orthogonale et nécessaire d’un ouvrage, on met alors quelques rajouts sur les portées. Et seul un œil averti les détecte. Ensuite il s’est agi de comprendre la mentalité du chanteur et son expérience du temps.

« Les chartreux, à la charnière de plein de choses, ont le souci de la tradition et une expérience mystique très forte. Ils respectent encore celle du XIème siècle qui se transmet de maître à élève. La liturgie est un cheminement avec d’abord la proclamation de l’Evangile avant l’office de nuit et pendant celui-ci. Les chartreux chantent très lentement et par cœur pour développer le côté vibratoire du son. Il faut scander et trouver un rythme pour que le sens entre en nous », indique Marcel Pérès. » Pendant longtemps, le temps de la Parole était celui de l’instant puis à partir du XIIIème siècle le temps devient une construction géométrique (avec plusieurs voix par exemple). L’Occident s’est développé grâce à cette nouvelle définition du temps qui a permis d’organiser des séquences dédiées à telle ou telle activité et a favorisé l’expansion économique. Les chartreux envisagent le temps avec lenteur et sont loin du temps du monde. Cependant, pour les stagiaires ce fut une expérience unique, très riche, à réitérer.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 08/10/2017

 

 

 

 

Arts et Cloître vous propose son 12ème cycle de conférences arts et spiritualité sur le thème « Regards sur le temps, l’histoire et la mémoire: de l’éphémère à l’éternité »

septembre 30th, 2017 § Commentaires fermés sur Arts et Cloître vous propose son 12ème cycle de conférences arts et spiritualité sur le thème « Regards sur le temps, l’histoire et la mémoire: de l’éphémère à l’éternité » § permalink

Pour découvrir le programme il suffit de cliquer sur l’image ci-dessous:

Vous pouvez également écouter l’interview de Laurence LEVARD, présidente d’Arts et Cloître, en cliquant sur le lien suivant:

https://soundcloud.com/diocese-alsace/itw-laurence-levard-pour-arts-et-cloitre

 

Entre tragédie et paix

mai 8th, 2017 § Commentaires fermés sur Entre tragédie et paix § permalink

Pour la clôture de l’anniversaire des dix ans, l’association Arts et cloître a invité Denis Coutagne, à venir parler de l’oeuvre abstraite de Kim-en-Joong, artiste et dominicain, d’origine coréenne auquel il a consacré un ouvrage essentiel.

Oeuvre de Kim-En-Joong à Auvers ©Denis Coutagne

Kim-En-Joong est connu en Alsace pour son vitrail à la collégiale de Thann. Mais son oeuvre prolifique (vitrail, céramique, peinture) méritait une étude approfondie. C’est chose faîte avec le livre de Denis Coutagne paru en 2015. L’oeuvre abstraite de Kim en Joong est complexe à comprendre dans son ensemble comme l’indique Denis Coutagne. Il faut d’abord tenir compte de son parcours de vie et de sa personnalité.

Né en Corée du Sud en 1940 pendant l’occupation japonaise, Kim En Joong connaîtra la guerre des deux Corée, le communisme et les privations. Il est élevé au sein d’une fratrie de huit enfants dans la tradition taoïste.

« J’aime de plus en plus les oeuvres d’art qui me donnent le sens du silence »

En 1956, la rencontre décisive avec un professeur de calligraphie l’oriente vers les arts graphiques. Il entre à l’école des Beaux-Arts de Séoul et suit des cours de français à la mission étrangère. Très vite, il fait le choix d’étudier la peinture occidentale, et s’intéresse à l’impressionnisme, au cubisme et à l’art abstrait. Durant ces années, alors qu’il peint sans relâche pour subvenir à ses besoins, il devient professeur de dessin au séminaire catholique de Séoul. Il découvre la religion catholique, la liturgie, la paix et le silence de l’église paroissiale de Hai Wha. Kim En Joong demande et reçoit le baptême en 1967.

Puis Kim réalise son rêve : étudier en Suisse l’histoire de l’art, puis la théologie et la métaphysique. Sa rencontre avec les dominicains le conforte dans sa vocation et le 4 août 1970, Kim En Joong revêt pour la première fois l’habit blanc des Frères Prêcheurs. Son ordination sacerdotale aura lieu quatre ans après. Il sera assigné au couvent de l’Annonciation à Paris, qui deviendra son lieu de vie communautaire et d’artiste. Denis Coutagne, indique avec de très nombreuses oeuvres à l’appui les influences qui se sont exercées sur l’oeuvre du Père Kim : Monet, Pollock, Mondrian, Malévitch, Kandinsky, Delaunay, Sam Francis, Rothko, Matisse… et pour les vitraux : Chagall, Bissière, Manessier, Gerain, Soulages, Léger et le Père Couturier !

Pour beaucoup dont le cardinal Barbarin, Kim serait presque le fils spirituel du Père Patfoort. « Ai-je déjà vu une amitié aussi fervente que celle qui a lié le Père Kim à son vénérable aîné le père Patfoort ? L’artiste dont l’oeuvre est jaillissement de lumière et de couleur et l’éminent professeur de théologie cherchant la Vérité pour la contempler ? » Dans une lettre au Père Patfoort, théologien dominicain dont il a été très proche (il l’a accompagné jusqu’au bout), Kim en Joong écrit ceci : « j’aime de plus en plus les oeuvres d’art qui me donnent le sens du silence et une intensité sereine comme rosée. » Kim écrivait aussi ceci à propos du Père Patfoort : « les liens qui nous unissent sont sans aucun doute ceux de dominicain : une vie de contemplation qui n’a ni commencement ni fin. »

« La plus belle cathédrale du monde »

Denis Coutagne rencontre Kim en 2011 car le peintre veut découvrir Cézanne et notamment les carrières de Bibemus qui l’ont tant inspiré. Le conférencier souligne la grande proximité de l’oeuvre de Kim avec la nature comme Cézanne. « Il réalise de grands formats posés au sol. Il travaille comme un lutteur puis les passe au four. Les lignes sont faîtes très vite et les mouvements ascendants. Kim en Joong s’inscrit dans une tradition coréenne avec la calligraphie. » Mais cela ne l’empêche pas de puiser à la tradition de l’Annonciation qui fonde l’image de la peinture occidentale.

Le conférencier souligne la forte inspiration de Kim auprès de Fra Angelico, frère et peintre qui était déjà l’auteur de peinture abstraite dans la prédelle, ne pouvant autrement traduire ce mystère. Une découverte remarquable que Kim reprend en disant : « je vais peindre l’émotion dans l’âme de la Vierge. »

Il réalise aussi de très nombreux vitraux. « Mon ambition est d’exprimer toute la lumière que j’ai reçue de la cathédrale (de Chartres). Je signale qu’elle est pour moi la plus belle cathédrale du monde ; on s’y sent accueilli et je voudrais que mes vitraux soient le signe de cet accueil. » De cette lumière vient désormais la couleur qu’il introduit dans ses oeuvres. « Il donne une leçon de colorisme qui nécessite une grande dextérité. La peinture de Kim n’est pas de tout repos. Il a une créativité phénoménale, on ne s’y ennuie jamais. On y trouve des élans, des lignes noires, noueuses, tortueuses comme notre humanité mais elle ouvre à une lumière qui vient d’ailleurs et nous est donnée, » conclut Denis Coutagne. Une oeuvre singulière à comprendre du dedans grâce à un conférencier hors pair.

L.L.

* Conservateur honoraire du patrimoine et président de la Société Cézanne

Article paru dans les D.N.A. du 23/06/2017

 

Un grand moment de théâtre

avril 17th, 2017 § Commentaires fermés sur Un grand moment de théâtre § permalink

Dans le cadre des dix ans d’arts et cloître, une pièce de théâtre singulière Reste avec nous , inspirée d’une nouvelle d’Henri Guillemin de 1944 a été proposée au public de la chartreuse.

Christian Nardin a livré de cette pièce une interprétation magistrale dans une mise en scène à la fois épurée et sensible, avec l’aide du régisseur Stéphane Wollfer et de la maquilleuse Ambre Weber.

Henri Guillemin (1903-1992) agrégé et docteur ès lettres est plus connu pour ses travaux et conférences sur l’histoire ou sur certains écrivains que par cette nouvelle. Reste avec nous , rare à tout point de vue dans son parcours cible un essentiel. Réfugié à Neuchâtel en 1942 pour avoir été dénoncé comme gaulliste dans la presse collaborationniste, Henri Guillemin rédigea à Pâques 1944 cet étonnant récit où il prend le parti pris de ce qui est le plus éloigné des disciples du Christ pour finalement en rendre témoignage.

Christian Nardin, fondateur de la compagnie des Tréteaux de Port-Royal, dans le but de faire découvrir des textes forts parfois méconnus, l’a adapté à la scène. Il entre, immense, vêtu de sa houppelande brune sur un air musical et passe de l’obscurité à la lumière. Simple savetier, il se prénomme Elias Achim et a assisté aux événements de Jérusalem depuis l’épisode des marchands du Temple. Il se réfugie chez un ami pour échapper aux rafles qui ont suivi. La langue est très imagée et pleine de bons mots tirés du langage populaire. Elias ajoute : « on ne s’occupait guère de lui (le Nazaréen), ni Gesmas, ni moi, ni personne des camarades. Son machin, c’était pas pour nous. Un type à ce qu’on disait, qui remettait d’aplomb les bancroches, qui décongelait les chassieux, qui arrêtait le sang aux femmes qui en perdait trop. »

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois.

Il fait part de la rumeur en discutant avec ses proches. Gesmas (qui finira crucifié aux côtés du Christ) pense que le temps du libérateur attendu est arrivé (le Messie). Ce n’est pas le cas d’Elias qui s’interroge durant une grande partie de la pièce. De témoin sceptique, il va évoluer au fil des événements. Une simple chaise, un pupitre et quelques spots vont servir la mise en scène. Christian Nardin incarne divers personnages au fil de la pièce. Il suffit d’un coup de menton dans la lumière puis l’obscurité pour incarner le reniement de Pierre. Puis de se raidir au prétoire pour incarner Ponce Pilate persuadé que la foule demanderait de relâcher Jésus et non Barabas.

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois. La voix porte loin et donne vie à tous ces personnages. Les yeux écarquillés, il regarde droit devant ou sur le côté et s’adresse à son interlocuteur en alternant de fortes exclamations ou interrogations puis des phrases plus lentes comme une prise de recul, presque susurrées à lui-même. Une compréhension en deux temps. Le temps de la rumeur et le temps de l’intériorité. Une gestuelle simple accompagne l’ensemble. Elias découvre que cet homme, le Nazaréen est livré à une parodie de justice, suscitée par la haine collective.

De fortes convictions

La langue de Guillemin prend soin de restituer des images fortes (comme le chemin de croix et la crucifixion) tout en étant poétiques malgré tout. Le rythme et le suspense impulsés avec l’arrêt possible de la pièce lors de la mort des trois hommes tiennent le spectateur en haleine. Et là tout change et bascule. En effet, Elias confie son expérience intime de la rencontre du Christ à Emmaus, à l’auberge du poisson.

« Là aussi, il m’a regardé une seconde, deux secondes dans les yeux. Oui c’est bien moi, il m’a regardé. » Cette pièce révèle les fortes convictions de Guillemin, chrétien convaincu en utilisant un langage simple et plein de fraîcheur. Une représentation extraordinaire qui a comblé tous les spectateurs. Un final dans le recueillement grâce à l’obscurité et à la musique. Un moment inoubliable qui restera gravé dans les mémoires.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 13/05/2017

L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur

mars 25th, 2017 § Commentaires fermés sur L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur § permalink

Bernard Berthod, conservateur du musée religieux de Fourvière à Lyon, était l’invité d’Arts et cloître. Il a su montrer l’étendue du talent du célèbre orfèvre et sculpteur contemporain, Goudji, sa créativité et sa force intérieure.

Bernard Berthod est un homme de culture aux multiples facettes. Après avoir été médecin, il est à la fois historien, écrivain et conservateur du musée religieux de Fourvière où il programme des expositions variées.

Auteur de nombreux ouvrages, il a réalisé un dictionnaire des arts liturgiques, en collaboration avec Elisabeth Hardouin-Fugier et Gaël Favier. Il a reçu le prix du chanoine Delpeuch, sous l’égide de l’Institut de France, pour l’ensemble de son œuvre et de son action en faveur du patrimoine religieux en 2007.

«Élever l’âme »

Il connaît Goudji depuis plus de vingt ans, a écrit un livre sur lui et son parcours étonnant. Il dit ceci de l’orfèvre : « Il vient d’un autre monde et naît en Géorgie le 6 juillet 1941 à Borjomi. Son nom Goudji est un diminutif affectueux donné par sa mère. Celle-ci est une très bonne pianiste et le père de Goudji est médecin. » Très jeune, il connaît l’Europe à travers les planches de l’exposition universelle de Paris, ramenées par son grand -père. Il dessine très tôt et entre aux Beaux Arts à Tbilissi. « Après la mort de son père, Goudji rentre voir sa mère et voit des dinandiers à cette occasion. Il se dit alors que c’est ce qu’il va faire.

 

En Union soviétique on ne peut qu’être un citoyen lambda, il est impossible d’utiliser le métal », ajoute le conférencier. Dès lors, il va tenter de réaliser son rêve. Il rencontre Catherine Barsac, une Française qui travaille à l’ambassade de France à Moscou. Ils se marient en 1970 et ont un enfant. « Par chance, le beau-père de Goudji a de nombreuses relations en tant qu’auteur lyrique et directeur du théâtre des Champs Elysées. Il est l’ami des Pompidou et ils vont arriver à l’extrader. »

Goudji dans son atelier

En janvier 1974, ils arrivent à Paris. Goudji doit se confronter à une société très différente de celle qu’il a connue. Il dira : « Je suis né à Paris à l’âge de 33 ans. » Il réalise d’abord des bijoux et des objets décoratifs. Ses premières créations en métaux précieux sont réalisées avec des couverts en argent hérités de sa mère. Hubert de Givenchy est très séduit par ses bijoux. Puis il rencontre le galeriste Claude Bernard qui le fera largement connaître.

Un ami de son beau-père, Félicien Marceau, lui commande son épée d’académicien. Il en fera vingt-deux. « Goudji est un rêveur qui voit des animaux fabuleux et des fleurs qu’il veut retranscrire dans le métal. La technique est simple et complexe à la fois. Il utilise une feuille de métal à laquelle il donne forme et incorpore des pierres de tous les jours», indique le conférencier. Il a trois ateliers : un à Paris, un en Vendômois et un sur l’île de Bréhat où il réalise lui-même ses outils (bigornes). Puis grâce à François Mathey, inspecteur des Monuments historiques, il crée une première œuvre liturgique en 1986 pour l’abbaye de l’Epau, une cuve baptismale, inspirée de l’art oriental qui sera utilisée à Notre Dame de Paris par Jean-Paul II.

Fournisseur de l’Église catholique

Il va peu à peu diversifier ses commandes et devenir l’un des fournisseurs de l’Église catholique au gré des rencontres. Il réalise des autels, des croix (suspendues ou processionnelles ou pectorales), des ambons, des encensoirs, évangéliaires, reliquaires (de Padre Pio), ostensoirs (Lourdes), châsses ou d’autres objets pour des cathédrales ou des églises : à Chartres, à Ste-Clotilde de Paris, à Luçon et dans diverses abbayes… « Goudji a la vision qu’il doit créer des objets de beauté à la gloire de Dieu. L’objet doit être beau car il doit élever l’âme. En somme, il a renouvelé le regard des fidèles catholiques avec l’idée que rien n’est trop beau pour Dieu. Il va comprendre l’importance de la culture chrétienne catholique en France et ainsi réconcilier Rome et Byzance dans son œuvre œcuménique », conclut Bernard Berthod.

Reliure de l’évangéliaire du monastère bénédictin d’Abu Gosh (Jérusalem)
© Marc Wittmer

 

Ainsi, Mgr Ravel a une crosse réalisée par Goudji. Cet artiste singulier œuvre dans le silence de son atelier et cultive la beauté et la foi, tout en étant parvenu à atteindre son rêve. Un itinéraire en tous points remarquables.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 23/04/2017