Prochaine conférence d’Arts et Cloître: samedi 13 mai 2017 à 16h30 au caveau de la chartreuse de Molsheim

mai 8th, 2017 § Commentaires fermés sur Prochaine conférence d’Arts et Cloître: samedi 13 mai 2017 à 16h30 au caveau de la chartreuse de Molsheim § permalink

Entre calligraphie  extrême-orientale et abstraction picturale occidentale, l’oeuvre de Kim En Joong déploie une liberté  d’expression picturale où se glisse l’expression de sa Foi chrétienne, celle d’un Dieu qui est Lumière.

Oeuvre de Kim-En-Joong à Auvers ©Denis Coutagne

L’artiste peut exprimer  la Grâce qu’un Dieu diffuse par sa Parole devenue Ecriture, autant que par une calligraphie devenant abstraction.  Il n’est pas d’histoire à raconter, de personnages à mettre en scène, seul un Mystère à exprimer par le vitrail, la peinture , la céramique. Que l’artiste soit coréen, prêtre dominicain nourri à l’origine de spiritualité bouddhiste, voilà qui prend sens  pour que l’abstraction occidentale qu’il expérimente en s’installant en France à partir de 1969 s’ouvre à une spiritualité proprement christique. Denis Coutagne, Conservateur honoraire du Patrimoine, directeur pendant près de 30 ans du musée Granet d’Aix, est nourri d’une histoire de l’art marquée par le védutisme de Granet ou la modernité révolutionnaire de Cézanne, par la méditation littéraire de Julien Green, par des travaux sur l’abstraction mode Kandinsky, Malevitch, Mondrian. C’est à l’aune de ces « maîtres » qu’il apporte une contribution essentielle à la lecture de l’œuvre de Kim.

Denis Coutagne, président de la Société Cézanne  donnera une conférence pour Arts et cloître samedi 13 mai de 16h30 à 18h au caveau de la chartreuse de Molsheim, intitulée:  » Entre calligraphie extrême -orientale et abstraction occidentale, l’oeuvre de Kim-En-Joong. » L’auteur dédicacera son livre à l’issue de la conférence.

Entrée libre, places limitées, réservation conseillée au 03 88 47 24 85, plateau à la sortie .

Atelier de chant chant cartusien à la chartreuse de Molsheim les 30 septembre et 1er octobre 2017

mai 7th, 2017 § 0 comments § permalink

Dans le cadre de notre programme annuel à la Chartreuse de Molsheim, l’association ARTS ET CLOITRE envisage, pour la prochaine saison 2017/2018, de faire découvrir le chant des Chartreux, au moyen d’un atelier de chants qui se déroulera les

samedi 29 septembre et dimanche  1er octobre 2017.

Au cours de cette session nous découvrirons le chant des Chartreux au travers d’un manuscrit du XIVe siècle originaire de la Chartreuse de Liège dont la notation indique de précieuses indications rythmiques. Cette session est ouverte à tous, à ceux qui veulent – pour la première fois – découvrir ce type de chant et aussi à ceux qui ont déjà une connaissance avancée du chant grégorien et qui voudraient s’ouvrir aux subtilités rythmiques du plain-chant gothique.

L’atelier de chant sera organisé en partenariat avec l’association Organum et animé par Marcel Pérès, son fondateur. http://www.organum-cirma.fr

En voici  les horaires :

le samedi :

  • 9 heures 30  :  accueil
  • 10h  à 13 h
  • pause
  • 15h 15 à 18 h 15

Le dimanche :

  • 9h 30 à 12 h 30
  • pause
  • 15 h à 17 h 30

 

Le nombre souhaité : de 10 à 15 stagiaires

Le coût : entre 100 et 120,- euros.

Renseignements et inscription par courriel à arts.et.cloitre67@gmail.com

Un grand moment de théâtre

avril 17th, 2017 § Commentaires fermés sur Un grand moment de théâtre § permalink

Dans le cadre des dix ans d’arts et cloître, une pièce de théâtre singulière Reste avec nous , inspirée d’une nouvelle d’Henri Guillemin de 1944 a été proposée au public de la chartreuse.

Christian Nardin a livré de cette pièce une interprétation magistrale dans une mise en scène à la fois épurée et sensible, avec l’aide du régisseur Stéphane Wollfer et de la maquilleuse Ambre Weber.

Henri Guillemin (1903-1992) agrégé et docteur ès lettres est plus connu pour ses travaux et conférences sur l’histoire ou sur certains écrivains que par cette nouvelle. Reste avec nous , rare à tout point de vue dans son parcours cible un essentiel. Réfugié à Neuchâtel en 1942 pour avoir été dénoncé comme gaulliste dans la presse collaborationniste, Henri Guillemin rédigea à Pâques 1944 cet étonnant récit où il prend le parti pris de ce qui est le plus éloigné des disciples du Christ pour finalement en rendre témoignage.

Christian Nardin, fondateur de la compagnie des Tréteaux de Port-Royal, dans le but de faire découvrir des textes forts parfois méconnus, l’a adapté à la scène. Il entre, immense, vêtu de sa houppelande brune sur un air musical et passe de l’obscurité à la lumière. Simple savetier, il se prénomme Elias Achim et a assisté aux événements de Jérusalem depuis l’épisode des marchands du Temple. Il se réfugie chez un ami pour échapper aux rafles qui ont suivi. La langue est très imagée et pleine de bons mots tirés du langage populaire. Elias ajoute : « on ne s’occupait guère de lui (le Nazaréen), ni Gesmas, ni moi, ni personne des camarades. Son machin, c’était pas pour nous. Un type à ce qu’on disait, qui remettait d’aplomb les bancroches, qui décongelait les chassieux, qui arrêtait le sang aux femmes qui en perdait trop. »

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois.

Il fait part de la rumeur en discutant avec ses proches. Gesmas (qui finira crucifié aux côtés du Christ) pense que le temps du libérateur attendu est arrivé (le Messie). Ce n’est pas le cas d’Elias qui s’interroge durant une grande partie de la pièce. De témoin sceptique, il va évoluer au fil des événements. Une simple chaise, un pupitre et quelques spots vont servir la mise en scène. Christian Nardin incarne divers personnages au fil de la pièce. Il suffit d’un coup de menton dans la lumière puis l’obscurité pour incarner le reniement de Pierre. Puis de se raidir au prétoire pour incarner Ponce Pilate persuadé que la foule demanderait de relâcher Jésus et non Barabas.

Le jeu de Christian Nardin est très vivant, sensible et passionné à la fois. La voix porte loin et donne vie à tous ces personnages. Les yeux écarquillés, il regarde droit devant ou sur le côté et s’adresse à son interlocuteur en alternant de fortes exclamations ou interrogations puis des phrases plus lentes comme une prise de recul, presque susurrées à lui-même. Une compréhension en deux temps. Le temps de la rumeur et le temps de l’intériorité. Une gestuelle simple accompagne l’ensemble. Elias découvre que cet homme, le Nazaréen est livré à une parodie de justice, suscitée par la haine collective.

De fortes convictions

La langue de Guillemin prend soin de restituer des images fortes (comme le chemin de croix et la crucifixion) tout en étant poétiques malgré tout. Le rythme et le suspense impulsés avec l’arrêt possible de la pièce lors de la mort des trois hommes tiennent le spectateur en haleine. Et là tout change et bascule. En effet, Elias confie son expérience intime de la rencontre du Christ à Emmaus, à l’auberge du poisson.

« Là aussi, il m’a regardé une seconde, deux secondes dans les yeux. Oui c’est bien moi, il m’a regardé. » Cette pièce révèle les fortes convictions de Guillemin, chrétien convaincu en utilisant un langage simple et plein de fraîcheur. Une représentation extraordinaire qui a comblé tous les spectateurs. Un final dans le recueillement grâce à l’obscurité et à la musique. Un moment inoubliable qui restera gravé dans les mémoires.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 13/05/2017

L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur

mars 25th, 2017 § Commentaires fermés sur L’œuvre fabuleuse et liturgique d’un rêveur § permalink

Bernard Berthod, conservateur du musée religieux de Fourvière à Lyon, était l’invité d’Arts et cloître. Il a su montrer l’étendue du talent du célèbre orfèvre et sculpteur contemporain, Goudji, sa créativité et sa force intérieure.

Bernard Berthod est un homme de culture aux multiples facettes. Après avoir été médecin, il est à la fois historien, écrivain et conservateur du musée religieux de Fourvière où il programme des expositions variées.

Auteur de nombreux ouvrages, il a réalisé un dictionnaire des arts liturgiques, en collaboration avec Elisabeth Hardouin-Fugier et Gaël Favier. Il a reçu le prix du chanoine Delpeuch, sous l’égide de l’Institut de France, pour l’ensemble de son œuvre et de son action en faveur du patrimoine religieux en 2007.

«Élever l’âme »

Il connaît Goudji depuis plus de vingt ans, a écrit un livre sur lui et son parcours étonnant. Il dit ceci de l’orfèvre : « Il vient d’un autre monde et naît en Géorgie le 6 juillet 1941 à Borjomi. Son nom Goudji est un diminutif affectueux donné par sa mère. Celle-ci est une très bonne pianiste et le père de Goudji est médecin. » Très jeune, il connaît l’Europe à travers les planches de l’exposition universelle de Paris, ramenées par son grand -père. Il dessine très tôt et entre aux Beaux Arts à Tbilissi. « Après la mort de son père, Goudji rentre voir sa mère et voit des dinandiers à cette occasion. Il se dit alors que c’est ce qu’il va faire.

 

En Union soviétique on ne peut qu’être un citoyen lambda, il est impossible d’utiliser le métal », ajoute le conférencier. Dès lors, il va tenter de réaliser son rêve. Il rencontre Catherine Barsac, une Française qui travaille à l’ambassade de France à Moscou. Ils se marient en 1970 et ont un enfant. « Par chance, le beau-père de Goudji a de nombreuses relations en tant qu’auteur lyrique et directeur du théâtre des Champs Elysées. Il est l’ami des Pompidou et ils vont arriver à l’extrader. »

Goudji dans son atelier

En janvier 1974, ils arrivent à Paris. Goudji doit se confronter à une société très différente de celle qu’il a connue. Il dira : « Je suis né à Paris à l’âge de 33 ans. » Il réalise d’abord des bijoux et des objets décoratifs. Ses premières créations en métaux précieux sont réalisées avec des couverts en argent hérités de sa mère. Hubert de Givenchy est très séduit par ses bijoux. Puis il rencontre le galeriste Claude Bernard qui le fera largement connaître.

Un ami de son beau-père, Félicien Marceau, lui commande son épée d’académicien. Il en fera vingt-deux. « Goudji est un rêveur qui voit des animaux fabuleux et des fleurs qu’il veut retranscrire dans le métal. La technique est simple et complexe à la fois. Il utilise une feuille de métal à laquelle il donne forme et incorpore des pierres de tous les jours», indique le conférencier. Il a trois ateliers : un à Paris, un en Vendômois et un sur l’île de Bréhat où il réalise lui-même ses outils (bigornes). Puis grâce à François Mathey, inspecteur des Monuments historiques, il crée une première œuvre liturgique en 1986 pour l’abbaye de l’Epau, une cuve baptismale, inspirée de l’art oriental qui sera utilisée à Notre Dame de Paris par Jean-Paul II.

Fournisseur de l’Église catholique

Il va peu à peu diversifier ses commandes et devenir l’un des fournisseurs de l’Église catholique au gré des rencontres. Il réalise des autels, des croix (suspendues ou processionnelles ou pectorales), des ambons, des encensoirs, évangéliaires, reliquaires (de Padre Pio), ostensoirs (Lourdes), châsses ou d’autres objets pour des cathédrales ou des églises : à Chartres, à Ste-Clotilde de Paris, à Luçon et dans diverses abbayes… « Goudji a la vision qu’il doit créer des objets de beauté à la gloire de Dieu. L’objet doit être beau car il doit élever l’âme. En somme, il a renouvelé le regard des fidèles catholiques avec l’idée que rien n’est trop beau pour Dieu. Il va comprendre l’importance de la culture chrétienne catholique en France et ainsi réconcilier Rome et Byzance dans son œuvre œcuménique », conclut Bernard Berthod.

Reliure de l’évangéliaire du monastère bénédictin d’Abu Gosh (Jérusalem)
© Marc Wittmer

 

Ainsi, Mgr Ravel a une crosse réalisée par Goudji. Cet artiste singulier œuvre dans le silence de son atelier et cultive la beauté et la foi, tout en étant parvenu à atteindre son rêve. Un itinéraire en tous points remarquables.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 23/04/2017

L’art contemporain face au silence

février 5th, 2017 § Commentaires fermés sur L’art contemporain face au silence § permalink

 

Invitée des conférences arts et cloître, Valérie Buisine, docteur en théologie (*) a choisi en contraste avec la vacuité de certaines toiles, l’œuvre de cinq artistes contemporains inspirés par la rencontre le silence ou la contemplation.

Aujourd’hui, l’art contemporain recèle le pire comme le meilleur. « Il est presque provocateur de penser que l’on puisse trouver un art capable de faire silence par rapport à un monde bruyant et plein d’images. Un art qui créerait une rencontre du dedans et une quête existentielle », introduit Valérie Buisine. C’est pourtant le cas de l’œuvre de Soulages et de Rothko. Le premier utilise un noir total, le second joue avec la couleur, tous les deux sont assez minimalistes dans leur art.

« L’art de Rothko répond à un monde encombré »

« La texture de Soulages était devenue un piège à lumière. Il travaille le brou de noix, le goudron. Et pourtant la picturalité a provoqué ses premières émotions avec un lavis, femme à demi couchée de Rembrandt du British Museum. Conques est aussi le lieu de ses premières expériences artistiques à cinq ans ». Son œuvre incite au silence et à la contemplation pour rencontrer la vraie lumière. C’est une expérience à la fois physique et métaphysique. « La toile qui ne renvoie à rien renvoie au moi de chacun », ajoute la conférencière.

Comme le dit Michel Butor, « l’art de Rothko répond à un monde encombré ». Le spectateur est saisi par l’atmosphère colorée de ses toiles où il superpose des frottis de couches successives comme des voiles colorés avec des bords floconneux. « Il a le désir de créer un vibrato de la couleur comme il en existe pour la musique », analyse Valérie Buisine. « Le silence de ses tableaux est juste. Il invite à la contemplation, la vue se perd dans la couleur, dans un au-delà du soi et du visible. Le but de Rothko est que son œuvre provoque un tremblement de l’être ».

Fabienne Verdier a séjourné dix ans en Chine. Maître Wong lui dit : « tu es entrée en peinture comme d’autres artistes entrent en religion ». Elle met en œuvre le souffle, l’influx. Le geste est fait d’intensité et d’épaisseur. Elle achète et crée des pinceaux et fait toute une recherche sur la puissance du trait. Elle cherche aussi à mettre dans ses œuvres les mouvements de l’âme, que seul le silence favorise.

Le vidéaste Bill Viola travaille aussi sur le silence et la contemplation. Son ascension sous-marine est spectaculaire. Un homme plonge les bras en croix. Il sombre puis remonte. Viola est préoccupé par la souffrance, la renaissance. Dans le cas de cette vidéo, on prend le temps de la rencontre, du silence et de la contemplation en faisant une expérience incroyable et forte.

Enfin, Anthony Mac Call, cinéaste avant gardiste anglais sculpte l’immatériel entre visible et invisible. Il ajoute : « chacun apporte ce qu’il veut dans mes œuvres » Tous vont droit à l’essentiel : « ce vide du trop-plein du monde ouvre un espace du dedans libre et serein. »

(*) à l’université de Lille

L.L

Article paru dans les D.N.A. du 08/03/2017

Une remarquable commande de vitraux

janvier 5th, 2017 § Commentaires fermés sur Une remarquable commande de vitraux § permalink

Le frère Pascal Pradié (*) a su avec talent, perspicacité et sensibilité, resituer dans leur contexte culturel, artistique et spirituel les vitraux des frères Linck, joyaux de la chartreuse de Molsheim.

« Lorsque Strasbourg passe à la Réforme, les chartreux de Koenigshoffen ne trouvent rien de mieux que de se mettre sous la protection de la municipalité qui, très vite, leur interdit de dire la messe et de recruter d’autres moines jusqu’à la destruction de la chartreuse de Strasbourg avec l’emprisonnement des moines en 1591. » En 1597, cinq moines s’installent à Molsheim, terre épiscopale où de nombreux ordres religieux trouvent refuge face à Strasbourg passé au protestantisme.

«C’est une relecture de la foi chrétienne de façon plus humaine»

Le chapitre de la grande chartreuse va autoriser la construction d’une chartreuse à Molsheim intra-muros (1598-1792). En 1614, le grand cloître est construit ainsi que les premières cellules. « Si la chartreuse de Molsheim est bâtie selon un plan très simple comme la chartreuse de Portes, elle est tout à fait « au goût du jour » avec la commande de vitraux pour le cloître. Ces vitraux appartiennent au type du vitrail suisse, de la fin du XVe siècle, de petite taille à inclure dans de grandes verrières en verre blanc », indique le conférencier.

Les donateurs des fenêtres du cloître dont les armoiries apparaissent en bas des vitraux venaient de tous les milieux de l’Alsace. Lors des inventaires successifs réalisés, on dénombre d’abord 114 vitraux (Jean-André Silbermann) puis 95 vitraux en 1790 puis 89 en 1796. Et enfin en 1840, 77 vitraux sont présentés au musée archéologique de Strasbourg. A cette date-là, 37 vitraux ont donc disparu. Tout un marché de collectionneurs se fait jour. Il n’est donc pas impossible que d’autres vitraux puissent être retrouvés. Le prieur Jean-Ulrich Repff fait appel aux frères Laurent et Barthélemy Linck, très en vogue pour réaliser ces vitraux de 1621 à 1631. Cette commande s’inscrit dans un contexte particulier, « celui du mouvement spirituel de la « devotio moderna » qui se développe dans toute l’Europe dès la fin du XVème siècle. C’est une relecture de la foi chrétienne de façon plus humaine, plus intérieure et personnelle, remettant à l’honneur le silence, la solitude et la contemplation. »

Rappelons que les chartreux, ordre fondé par saint Bruno sont à la fois ermites et vivent en communauté. Les vitraux représentent selon Pascal Pradié depuis le nord, l’est jusqu’au sud du cloître : des saints (4), des armoiries de bienfaiteurs (15), des scènes de l’Ancien Testament (13), des scènes du Nouveau Testament (46) et des scènes de vie d’ermites (36). Un seul vitrail du cloître de la chartreuse est conservé au musée de Molsheim, celui de la crucifixion.

La série des ermites

Le conférencier va s’intéresser à la série des ermites plus originale en quelque sorte. Dans ce contexte spirituel, l’artiste flamand Martin de Vos, plus connu pour ses peintures, s’est orienté vers des dessins d’une série d’ermites gravée par Jean et Raphaël Sadeler. Ils ont publié cinq recueils de 30 planches gravées d’après les dessins de de Vos en 1585-86 à Cologne et le conférencier montre, planches à l’appui combien ces planches ont inspiré les vitraux du cloître de Molsheim. Peut-être même que les chartreux avaient ces recueils dans leur bibliothèque. Ces vitraux sont peints sur verre avec des parties colorées et cuites au four préalablement. L’architecture sous forme de colonnes est très présente dans ces vitraux qui, ouvrent comme une fenêtre, avec au premier plan une scène de vie d’ermite (saints Spiridion, Onuphre, Lucius, Marin,…) comme dans les 4 vitraux du château d’Eberstein provenant de Molsheim et s’achèvent avec un paysage varié à l’arrière. A partir de visuels des paysages couplant les gravures et les vitraux connus, Pascal Pradié a réalisé un rapprochement mettant en valeur la proximité des motifs avec les gravures de Sadeler mais aussi l’influence des Flamands pour le paysage, notamment à Venise où fleurit une école néerlandaise vénitienne. Avec deux maîtres dans ce domaine, Paul Bril et Pauwels Franck.

Pascal Pradié formule l’hypothèse « selon laquelle les frères Linck auraient pu s’inspirer du graveur Mathieu Merian (1593-1650) et de ses nombreux recueils. Ils semblent avoir gardé une entière liberté dans le paysage avec leurs origines suisses. Et le prieur de Molsheim a dû leur laisser carte blanche car ils ont introduit des ermites qui ne faisaient pas partie de la dévotion cartusienne. Ils vont donner une véritable nouveauté au vitrail par la vie érémitique en montrant la vie des ermites solitaires. Ce qui aura une influence certaine à l’époque. »

Ainsi Guillaume V fera construire des ermitages pour ses courtisans en Bavière. On trouve également dans les cabinets de curiosités des représentations de pères du désert (celui de Vannes). Soixante-six panneaux réalisés par les frères Link pour Molsheim reprennent des dessins de de Vos et des gravures de Sadeler. Il s’agit là d’une commande et d’une œuvre vraiment exceptionnelle à plus d’un titre, transférée ensuite à Strasbourg à la bibliothèque du Temple et qui pour la plupart périt dans l’incendie de 1870. Certains privilégiés comme Goethe ont pu apprécier la beauté de ces vitraux un siècle avant lors d’un passage à la chartreuse de Molsheim. Un énorme travail qui renouvelle la question et mériterait une publication.

(*) Pascal Pradié est responsable de l’atelier de restauration de l’abbaye de Saint-Wandrille.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 14/02/2017

 La photo du vitrail qui accompagne l’article est de Grégory Oswald, conservateur du musée de la Chartreuse de Molsheim, que nous remercions.

*** Bonne année 2017 ***

janvier 2nd, 2017 § Commentaires fermés sur *** Bonne année 2017 *** § permalink

Dire le monde et lui donner sens

décembre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Dire le monde et lui donner sens § permalink

Invitée des conférences Arts et cloître, Karima Berger, présidente d’Écritures et Spiritualités et écrivain, est venue parler d’Etty Hillesum à travers le dialogue noué avec elle par-delà le temps dans son livre Les Attentives.

Que peuvent se dire une jeune femme hollandaise des années 1940 et une Marocaine ou Algérienne d’aujourd’hui ? Karima Berger, invitée des conférences Arts et cloître début décembre, a toujours été intéressée par la rencontre avec l’autre et par la diversité des cultures. À la maison, elle parlait l’arabe, à l’école le français. « Cette diversité de deux mondes a instillé dans mon tréfonds une grande curiosité. J’ai vécu en Algérie jusqu’à l’âge de 25 ans puis je suis venue en France faire mon doctorat. Le 11 septembre a été pour moi un vrai traumatisme. À un moment où je cherchais ce qu’était qu’être musulmane et libre, j’ai lu Etty. »

Croire, c’est un bonheur

En trois ans, Etty Hillesum, jeune juive décédée à Auschwitz qui vécut à Amsterdam dans les années 1940 a fait un parcours spirituel et humain d’une grande intensité. « Elle avait une pensée du divin extraordinaire. Croire, c’est un bonheur, une joie, pas quelque chose d’enfermant. » Pourtant, au départ, elle ne connaît rien de sa religion juive et n’a eu aucune éducation spirituelle. En rencontrant son amant Spier, elle va découvrir la question du divin et travailler aux conseils juifs pour « aider » les prisonniers juifs du camp de transit de Westerbork. À un moment donné, les règles se durcissent et elle devra cesser ses allers-retours pour choisir d’être là avec les familles à Westerbork. Elle dit : « Je suis là pour être. » Elle va leur instiller une étincelle divine sans en avoir l’air. On le sait car elle avait donné à une amie ses carnets et elle rêvait d’être poète.

Karima Berger explique le parcours de vie d’Etty Hillesum en quelques mots avec beaucoup d’émotion.

« Le vide est un lieu hautement spirituel »

La jeune hollandaise avait au-dessus de sa table de travail une petite photo d’une Marocaine. Karima Berger redonne voix à celle-ci. Au-delà des années et des différences culturelles, elles cherchent toutes deux à dire le monde et à lui donner sens. Karima Berger le fait par l’art et l’écriture. L’art est le fondement même de l’altérité et l’écriture permet de faire le détour par l’autre. Etty traduisait du russe, de l’allemand, du néerlandais. Elle avait même un coran. La conférencière insiste sur le fait que « le vide est nécessaire pour faire advenir Dieu parce qu’il permet une écoute au-dedans de soi ». « Le musulman prie devant une niche vide, cela permet la prière de chacun et sa singularité. Le vide est un lieu hautement spirituel comme le cloître est un lieu de prière et de méditation. » Une autre façon de découvrir Etty Hillesum qui était aussi une grande amoureuse de la vie.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 31/12/2016

Toute peinture est une poésie muette

novembre 19th, 2016 § Commentaires fermés sur Toute peinture est une poésie muette § permalink

Conférence à deux voix sur Vermeer et Proust donnée par Sylvie Bethmont et Robert Churlaud. La première est historienne de l’art et graveur, le second, professeur de littérature. Regards croisés pour un exercice subtil et tout en finesse.

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La peinture de Vermeer est à elle seule une source de vie silencieuse, de rencontres et de contemplation. On a du mal à comprendre comment ce peintre magnifique pût tomber dans l’oubli après sa mort.

En effet, la Vue de Delft , toile la plus célèbre du Mauritshuis à La Haye, fut à l’origine de la redécouverte de Vermeer par le Français Thoré-Bürger qui se déclara « enchanté et ravi » lorsqu’il la vit pour la première fois. C’est en visitant le musée de La Haye en 1842 qu’il découvrit la Vue de Delft , avec le nom de Vermeer figurant dans le catalogue, nom qui lui est inconnu. Dans une série de trois articles publiés en 1866 dans la Gazette des beaux-arts, il a fait le récit de sa redécouverte de Vermeer. Ce paysage peint par l’artiste en 1660 est unique dans son œuvre puisqu’il s’agit du seul tableau, avec La ruelle , où il nous montre une scène de la vie se déroulant à l’extérieur.

Le plus beau tableau du monde

Proust considérait la Vue de Delft , vu lors de la rétrospective des tableaux de Vermeer comme le plus beau tableau du monde. « Enfin, il fut devant le Vermeer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. » Dans son roman La prisonnière , l’écrivain fit même mourir son héros Bergotte d’une indigestion de pommes de terre en pleine contemplation du tableau et de son fameux « petit pan de mur jaune ». Et il lui fait dire : « C’est ainsi que j’aurai dû écrire. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. »

Dans le milieu hollandais protestant, Vermeer est l’un des rares à s’être converti au catholicisme dès l’âge de vingt ans, au moment de son mariage et à le demeurer. Il est réputé au XVIIe siècle pour être un maître en perspective. Malgré ses commanditaires, Vermeer conserve sa liberté. Mais qu’en est-il du mystère de ces tableaux ? « Chez Vermeer, le sujet et l’expression ne font qu’un. Vermeer nous pose des énigmes, il n’est pas captif des conventions habituelles, » indique Sylvie Bethmont.

Vermeer « peint avec des couleurs qui ont le velouté des scènes de Proust. »

Jean-Louis Vaudoyer, ami de Proust, « goûte la succulence de la matière et de la couleur chez Vermeer ». Il a eu beaucoup d’échanges épistolaires avec Proust. « Vermeer, c’est Proust peut-être », se demande Sylvie Bethmont. Malgré tout, deux univers distincts se font face : celui de Bergotte et celui de Vermeer. « La dimension spirituelle est présente étonnamment chez Proust à travers cette céleste balance, chargeant sa propre vie », mentionne la conférencière. Proust écrit la nuit dans le silence. André Maurois dit de Vermeer « qu’il peint avec des couleurs qui ont le velouté des scènes de Proust ». Vermeer ouvre le regard sur le monde entier même si très justement « la peinture de Vermeer est fine et floue », comme le mentionne Daniel Arasse. Il peint selon les principes de la camera oscura en poussant la logique de cette optique jusqu’à l’absurde : des petites taches blanches sont présentes sur ses tableaux. Le rendant assez proche de ce point de vue des impressionnistes, contemporains de Proust.

« Le style n’est pas une question de technique mais de vision. L’art véritable n’a que faire de tant de proclamation et s’accomplit dans le silence. »

« Chez Vermeer, elle résulte d’un jeu magnifique entre les allégories réelles et les allégories cachées (allégorie de la foi, de la peinture…), sa peinture est une description toujours renouvelée de la réalité, une poésie muette. La peinture est “cosa mentale” », ajoute Sylvie Bethmont.

À son tour, Robert Churlaud donne à entendre Proust autrement. Il invite à rentrer « dedans », à lire la prose de l’auteur à haute voix en la contemplant. Les épisodes de la petite madeleine, du coquillage et de la tasse de thé permettent d’entrer dans cet univers à part. Car, dit-il « la peinture et la littérature servent à nous rendre heureux ». « Le style n’est pas une question de technique mais de vision. L’art véritable n’a que faire de tant de proclamation et s’accomplit dans le silence. » Il fut difficile ensuite de rajouter autre chose sinon que l’auditoire n’a eu qu’une envie : redécouvrir Proust et sa prose. Et bien sûr les splendides univers de Vermeer.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 24/12/1016

 

Une église particulière : un édifice culturel remarquable

octobre 21st, 2016 § Commentaires fermés sur Une église particulière : un édifice culturel remarquable § permalink

Dans le cadre des 10 ans d’Arts et cloitre et des 410 ans de la pose de la première pierre,par Grégory OSWALD, conservateur du Musée de la Chartreuse, a donné samedi 15 octobre au caveau de la chartreuse, une conférence sur le thème « L’église de la Chartreuse de Molsheim : un édifice disparu du XVIIe siècle ». Elle a permis de resituer et comprendre l’importance et l’originalité de cet édifice au sein de la chartreuse.

 

Les travaux de l’église commencèrent en 1606. Le 2 septembre, l’évêque suffragant Adam Peetz bénit les fondations et posa la première pierre, sous le maître-autel. Au cœur de la vie spirituelle des Chartreux, l’église conventuelle occupait symboliquement le centre du cloître et communiquait directement avec lui, ainsi qu’avec la maison du prieur.  Elle se distinguait par ses proportions (38 m de long sur 12 m de large), mais construite selon un plan très simple, elle comprenait une nef unique qui débouchait directement sur le « chœur des pères », de même largeur, terminé par une abside à cinq pans.

chartreuse-de-molsheim-statue-de-saint-bruno_modifie-1_arts_et_cloitre2Édifiée de 1606 à 1610 par l’architecte Ulrich Tretsch, bourgeois de Rosheim, l’église de la Chartreuse ne fut consacrée qu’en 1614. Ornée de nombreux tableaux, elle connut à la fin du XVIIe siècle, une importante campagne de décoration, marquée par la rénovation du chœur des pères et la mise en place de boiseries. Un siècle plus tard, en 1769-1770, le sculpteur Mathias Faller réalisa plusieurs autels pour le couvent de Molsheim, dont certains sont encore visibles actuellement (autels à Bernardvillé et à Obernai). Malheureusement, gravement endommagée par un incendie le 23 novembre 1791, cette église a servi de carrière municipale, pour définitivement disparaître en 1797.

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Aujourd’hui, plusieurs dessins et gravures des XVIIe et XVIIIe siècles nous permettent d’esquisser les grandes lignes de cet édifice culturel remarquable. Bien plus, de nombreux vestiges architecturaux découverts récemment (lors des différentes campagnes de la restauration du cloître) offrent un nouveau regard sur l’architecture de l’église. Enfin, son mobilier intérieur et son évolution peuvent être esquissés à travers les statues et boiseries qui ont été épargnés par les disparitions et les incendies de l’époque révolutionnaire.

 

P.S. deux images : l’une représentant la chartreuse de Molsheim en 1744, l’autre est une statue de St Bruno provenant du Maître -autel de la  chartreuse de Molsheim, exceptionnellement présente durant l’exposition au Musée de la chartreuse jusqu’au 16 octobre.

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