La fascination pour la Chine, un goût certain mais fantasmé

Pascal Pradié, moine bénédictin à Saint-Wandrille et directeur de l’atelier de restauration de tableaux de l’abbaye, était l’invité des conférences Arts et cloître pour une conférence passionnante sur le goût de la Chine en Occident au XVIIe  et XVIIIe   siècle dans les arts.

Cuisine du château de Tureholm en Suède

Pascal Pradié indique qu’« on mesure difficilement aujourd’hui la fascination exercée par l’orient à cette époque. » Seuls les récits des voyageurs nous en laissent un témoignage. C’est le cas à la fin du XIIIe  siècle du récit de Marco Polo et de son père, intitulé le Devisement du monde ou le Livre des merveilles avec un retour 24 ans après.

Six jésuites envoyés par Louis XIV

Le livre de l’empereur mongol Kublai Khan (1271-1294) influence également les navigateurs : Henri le navigateur, Vasco de Gama et enfin Christophe Colomb.

La compagnie des Indes inonde le commerce de porcelaine. C’est pourquoi Louis XIV va vouloir rivaliser avec eux. Le 1er  septembre 1686, les ambassadeurs du Siam sont à Versailles et le Roi soleil envoie six jésuites gagner la confiance de l’empereur Kangxi (astronomes, mathématiciens, lettrés) en Chine et lui porter le portrait impérial qu’il a fait réaliser. Ainsi, le goût va s’ouvrir à de nouvelles couleurs et matières.

Les Occidentaux tentent de rivaliser

L’influence chinoise sur l’architecture se manifeste par la pagode de porcelaine de Nankin à plusieurs étages. Les Occidentaux ébahis, tentent de rivaliser, les aristocrates en tête. Ainsi la pagode de Kew à Londres, le Trianon de porcelaine à Versailles. En Allemagne, à Postdam, à Munich, à Vienne (Schonbrunn), le goût pour les pavillons chinois (ou les villages chinois) se développe. Des collections de porcelaine sont constituées au Palais Marques de Abrantes à Lisbonne (plafond avec pyramide d’assiettes de porcelaine) ou à Berlin (la collection de porcelaines de Charlottenburg comme point culminant de l’enfilade des pièces) ou encore en Russie ou en Suède. Le goût pour les laques se développe et les motifs des paysages chinois sont présents aussi dans certains châteaux français (Haroué, Champs-sur-Marne…)

L’importance des marchands merciers

Pascal Pradié souligne l’importance des marchands merciers de Paris qui font les tendances et alimente le marché d’objets de luxe. Parmi eux, Gersaint se distingue par une initiative remarquable : il fait peindre par son ami Watteau sa boutique sur une grande toile qu’il met au-dessus de son échoppe. Puis l’enlève et la revend. Il faut souligner aussi le rôle des ornemanistes comme Watteau, Boucher et JB Pillement qui mettent leurs talents au service des cours européennes, avec des motifs de « singeries ».

Une culture considérée comme supérieure

« La culture chinoise est considérée alors comme supérieure en littérature, en médecine, en arts dans la tête des Européens mais ceci ne correspond pas à ce que les Chinois voyaient. […] Dès que les Européens auront découvert le kaolin, la mode de la chinoiserie passera en France dans le dernier tiers du XVIIIe  siècle et peu d’éléments subsisteront car la France est un phare en matière de mode », a-t-il conclu.

L.L.

Article paru dans les D.N.A. du 07/02/2023