Le retour des conférences au caveau

Après deux ans de conférences via Internet, Arts et cloître a pu enfin renouer avec les rendez-vous en face à face. Pour le plus grand plaisir d’un public passionné par l’histoire de l’art.

 La dernière conférence d’arts et cloître donnée par Jean Attali, philosophe, professeur émérite à l’École Nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais et chercheur, intitulée « les lignes méridiennes de dame Zaha Hadid (1950- 2016) » a permis de comprendre le terreau et les influences graphiques, poétiques et spirituelles de l’Orient en interaction avec l’Occident chez cette architecte anglo-irakienne surdouée. Une conférence très instructive, pédagogique et très claire, menée brillamment !

Détail de l’architecture du musée national des arts du XXIème siècle à Rome (MAXXI)

Femme, arabe et architecte

Zaha Hadid, décédée en 2016 a été à la fois femme, arabe et architecte. Jean Attali mit en évidence cet environnement intellectuel hors du commun autour de l’œuvre de celle-ci, après avoir compulsé toutes sortes d’archives la concernant. Il s’est attaché surtout au corpus graphique de l’architecte et aborde aussi la notion de plan à travers sa formation de philosophe.

Zaha Hadid, est originaire d’une famille de Mossoul en Irak. Son frère a amassé une fortune considérable. Zaha Hadid fait ses études en Angleterre et en Suisse puis elle choisit l’architecture à 22 ans et rejoint l’Architectural Association School of architecture de Londres, véritable « bouillon de culture   et club international ». Elle recevra le prix Pritzker en 2004, l’équivalent du Nobel en architecture), s’est vue décerner deux fois le prix spécial d’architecture et sera faîte « dame » par la reine d’Angleterre.

Quand on parle de l’Orient, on pense tout de suite à la calligraphie arabe. Jean Attali a souligné à partir d’un projet de Zaha Hadid pour Hong -Kong que « les éléments du plan sont superposés et non pas empilés, ménageant ainsi plusieurs couches de vide. Et que l’intervalle est très important dans son architecture comme dans la musique ».

Un pavillon pour Lagerfeld

« Le trait est l’épure du futur bâtiment pour Zaha Hadid, le plan et la coupe sont réversibles » (résidence du premier ministre irlandais, 1980). Ses plans suggèrent une flottaison dans l’espace avec des objets rectilignes et des objets curvilignes (ex : plan de Londres). Jean Attali cite ainsi Mark Wigley dans Art forum en 2016 : « cette architecture de Zaha Hadid est un manifeste entièrement voué à bâtir le sens d’un saut dans le vide. Bien entendu, une fois construite, l’architecture de Hadid(…) c’est le cœur d’un tourbillon au milieu duquel la place est réinventée. »

Zaha Hadid fut une femme rayonnante, importante pour le design, le stylisme et la mode. Elle réalisa un pavillon pour Karl Lagerfeld. Superposition et entrelacement caractérisent son œuvre.

L.L

Article paru dans les D.N.A. du 19/11/2022

Jean Attali, le conférencier et Laurence Levard, présidente d’Arts et cloître, lors de la rencontre consacrée à l’architecte Zaha Hadid