« Une symbolique de pierre et de lumière : Ste Madeleine de Vézelay »

janvier 15th, 2010 Commentaires fermés

Très nombreux étaient les amateurs qui avaient fait le déplacement à la chartreuse pour entendre Maurice Bondu, architecte et ancien guide Casa*, venu de Nantes  partager sa sensibilité à ce lieu particulier qu’est la Madeleine de Vézelay  avec photos couleurs exposées  et mémoire à l’appui.

Fasciné par Vézelay, Maurice Bondu, à la voix timide, «est devenu façonné par ce site extraordinaire »qu’il a fait visiter durant cinq années et qui a fait l’objet d’un mémoire d’architecture comparative de Vézelay à Ronchamp. D’où, cette conférence intitulée  « Vézelay au soleil de sa course : dynamiques architecturales d’une église de lumière et de symboles : la basilique Ste Madeleine » .Fondée au IXème siècle, il ne s’y trouve alors aucune relique de Ste Madeleine. « On ne sait pas bien comment elles arrivent là. Peut-être un moine de la Ste Baume est venu avec des reliques de la sainte » avance-t-il. Le pèlerinage commence vers 1050. « Ste Madeleine, pécheresse repentie et première à  avoir vu le Christ ressuscité selon les Evangiles, peut intercéder pour les pèlerins. »dit-il. Point de rencontre vers St Jacques de Compostelle, dés le XIIème siècle, Vézelay se mérite et se laisse découvrir d’abord géographiquement. « Des rideaux d’arbres au creux de la vallée accompagnent la rivière du sud vers le nord. Plus loin, collines, ondulations, forêts, collines….Et au milieu du paysage comme en attente, un promontoire piédestal habité de présence… » La nef est construite d’est en ouest. «  Ils ont voulu faire quelque chose de magnifique mais sont allés au plus juste de la technique. Ainsi, les murs s’élargissent vers le haut sous le poids des voûtes » En 1140, le chœur est roman et la nef romane. « De 1140 à 1150, on construit un narthex, réservé aux catéchumènes. A cette époque là on connaît l’arc brisé, beaucoup  plus stable qu’un arc en plein cintre. Un  art gothique, très simple va permettre d’avoir une symbolique de la lumière, en passant de la pénombre du narthex à la lumière de la nef et  du chœur  » explique-t-il avant d’enchaîner : «à Vézelay, l’architecture oriente notre regard et notre corps  pour passer au plan symbolique. Ainsi le carré et l’angle évoque, les points cardinaux, les quatre éléments, la terre et ceux qui l’habitent  tandis que le cercle ou le plein cintre ou la coupole sont comme l’éternité, sans début ni fin et évoque le Ciel et Dieu. » Le  passage d’ouest en est mène le pèlerin des ténèbres de la nuit vers la lumière du matin, « de la fin du jour à la mort et à la résurrection du Christ, de la fin des temps et du jugement à l’éternité et à la Miséricorde infinie qui se donne » soutient -il. Il met en exergue le fait qu’à Vézelay, les grands moments solaires sont marqués comme sur un cadran, pour associer la terre et le ciel. Sur les trois tympans, les travaux des mois expriment les saisons et alternent avec les étoiles du Zodiaque. Les arcs doubleaux de la nef s’en font l’écho. Puis il fait part du fruit de ses recherches personnelles pour les deux solstices : « l’instant des solstices est important.  Le solstice d’hiver est lié à la Nativité, les rayons solaires éclairent alors les chapiteaux de la nef côté nord et tout au long de la courte journée ceux du bas -côté sud. Les matins d’équinoxe allongent les rayons du chœur jusqu’au narthex et éclairent alors le tympan d’une lumière douce et indirecte cf Isaïe (9,1)» Ainsi, les trois extraordinaires tympans sculptés parlent  encore aujourd’hui au visiteur, au pélerin comme au moine du XIIème siècle,  de rencontre, de chemin et de prière au travers de scènes d’Evangile, mises en lumière de l’Incarnation à la Résurrection. Au solstice d’été, à la St Jean-Baptiste, le soleil dans la nef, alors au plus haut de l’année et de la journée, trace un chemin de lumière dans l’axe de la nef et des piliers. « Ce sont les pierres d’un gué spirituel, étapes d’un parcours qui mène vers la pleine  lumière. Au même instant, les rayons ne pénètrent dans le bas -côté sud que réfléchis par les allèges horizontales des baies, donnant plus de force et de sens à l’évènement dans la nef. » Il fait part de sa dernière observation, in situ : «  le tibia droit du Christ(tympan du jugement) est parallèle à ces rayons magnifiques, avec un angle de même amplitude. Comme pour indiquer en écho que le Christ seul est le chemin, la Vérité et la vie  (Jean, 14, 6) » Une exégèse qui démontre  qu’une forte symbolique  y est inscrite par-delà les siècles dans la pierre et la lumière comme  fil rouge d’une  foi  vivante des peuples, transmise par-delà les styles architecturaux.

*Casa (communauté d’accueil dans les sites artistiques) association qui accueille tout l’été depuis 35 ans les visiteurs sur une 12è de sites artistiques et religieux en France et à l’étranger  www.guidecasa.com

.L.L

Prochaine conférence d’Arts et cloître, samedi 27 février 2010 à 16h30, la Bible sur fond d’or : mosaïques de la basilique St Marc à Venise . rencontre entre le monde vénitien et byzantin » par Anne Vuillemard , historienne de l’art. entrée libre , plateau réservation conseillée au 03 88 38 11 61

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