L’art contemporain face au silence

février 5th, 2017 § Commentaires fermés sur L’art contemporain face au silence § permalink

 

Invitée des conférences arts et cloître, Valérie Buisine, docteur en théologie (*) a choisi en contraste avec la vacuité de certaines toiles, l’œuvre de cinq artistes contemporains inspirés par la rencontre le silence ou la contemplation.

Aujourd’hui, l’art contemporain recèle le pire comme le meilleur. « Il est presque provocateur de penser que l’on puisse trouver un art capable de faire silence par rapport à un monde bruyant et plein d’images. Un art qui créerait une rencontre du dedans et une quête existentielle », introduit Valérie Buisine. C’est pourtant le cas de l’œuvre de Soulages et de Rothko. Le premier utilise un noir total, le second joue avec la couleur, tous les deux sont assez minimalistes dans leur art.

« L’art de Rothko répond à un monde encombré »

« La texture de Soulages était devenue un piège à lumière. Il travaille le brou de noix, le goudron. Et pourtant la picturalité a provoqué ses premières émotions avec un lavis, femme à demi couchée de Rembrandt du British Museum. Conques est aussi le lieu de ses premières expériences artistiques à cinq ans ». Son œuvre incite au silence et à la contemplation pour rencontrer la vraie lumière. C’est une expérience à la fois physique et métaphysique. « La toile qui ne renvoie à rien renvoie au moi de chacun », ajoute la conférencière.

Comme le dit Michel Butor, « l’art de Rothko répond à un monde encombré ». Le spectateur est saisi par l’atmosphère colorée de ses toiles où il superpose des frottis de couches successives comme des voiles colorés avec des bords floconneux. « Il a le désir de créer un vibrato de la couleur comme il en existe pour la musique », analyse Valérie Buisine. « Le silence de ses tableaux est juste. Il invite à la contemplation, la vue se perd dans la couleur, dans un au-delà du soi et du visible. Le but de Rothko est que son œuvre provoque un tremblement de l’être ».

Fabienne Verdier a séjourné dix ans en Chine. Maître Wong lui dit : « tu es entrée en peinture comme d’autres artistes entrent en religion ». Elle met en œuvre le souffle, l’influx. Le geste est fait d’intensité et d’épaisseur. Elle achète et crée des pinceaux et fait toute une recherche sur la puissance du trait. Elle cherche aussi à mettre dans ses œuvres les mouvements de l’âme, que seul le silence favorise.

Le vidéaste Bill Viola travaille aussi sur le silence et la contemplation. Son ascension sous-marine est spectaculaire. Un homme plonge les bras en croix. Il sombre puis remonte. Viola est préoccupé par la souffrance, la renaissance. Dans le cas de cette vidéo, on prend le temps de la rencontre, du silence et de la contemplation en faisant une expérience incroyable et forte.

Enfin, Anthony Mac Call, cinéaste avant gardiste anglais sculpte l’immatériel entre visible et invisible. Il ajoute : « chacun apporte ce qu’il veut dans mes œuvres » Tous vont droit à l’essentiel : « ce vide du trop-plein du monde ouvre un espace du dedans libre et serein. »

(*) à l’université de Lille

L.L

Article paru dans les D.N.A. du 08/03/2017